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"Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu'ils te rendent grâce tous ensemble !" (Psaume 67)

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mercredi 18 janvier 2017

"Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5,14)

par saint Jean Chrysostome 


Les hommes qui exercent des charges temporelles et qui souvent portent sur leur habit la marque des images impériales, sont respectables de ce fait aux yeux de tous ; ils n'accepteraient pas de faire une chose qui serait indigne du vêtement qui porte ces marques royales. 
A plus forte raison est-il juste que ceux qui ont le Christ, non pas représenté sur un vêtement, mais à demeure dans leur âme, et avec le Christ son Père et la présence de l'Esprit Saint, fasse preuve d'une ferme assurance et montrent à tous, par l'exactitude de leur conduite et la surveillance de leur vie, qu'ils portent l'image royale.

C'est pour cette raison que le Christ a dit: "Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux." 
Tu vois comment il nous invite à faire briller la lumière qui est en nous, non par les vêtements mais par les oeuvres ? En effet, après avoir dit "que votre lumière brille", il a ajouté "afin que l'on voie vos bonnes oeuvres". 
La lumière dont il parle ne s'arrête pas aux sens corporels, elle éclaire les âmes et l'intelligence de ceux qui la regardent. Elle dissipe les ténèbres du mal et elle appelle ceux qui la reçoivent à briller de la lumière qui les habite et à imiter la vertu.

"Que votre lumière brille devant les hommes !" 
Le Christ a dit justement "devant les hommes". Que votre lumière soit si grande qu'elle n'éclaire pas seulement vous-même, qu'elle brille aussi devant les hommes qui ont besoin qu'elle les guide. De même donc que la lumière matérielle met en fuite les ténèbres et permet de marcher droit à ceux qui cheminent sur les routes matérielles, ainsi la lumière spirituelle qui provient d'une conduite parfaite éclaire ceux qui ont le regard de l'âme obscurci par l'erreur et qui ne savent pas voir exactement le chemin de la vertu. Elle dessille et purifie les yeux de leur intelligence, les remet en droit chemin et les fait marcher désormais dans la voie de la vertu.

"Afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux."
Que votre vertu, dit le Christ, et l'exactitude dans la conduite, que la droiture des bonnes oeuvres excitent ceux qui vous voient à rendre gloire au Maître commun de tous. Que chacun de vous, par conséquent, je vous prie, s'efforce de vivre avec une telle exactitude qu'il entraîne ceux qui vous observent à bénir le Maître.

C'est pourquoi le bienheureux apôtre, imitateur du Christ et docteur de la conduite parfaite, qui parcourait le monde en faisant tout pour le salut des hommes, écrivait: "Si quelqu'un est dans le Christ, il est une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées, voici que toutes choses sont devenues nouvelles" (2 Cor 5,17), comme s'il nous exhortait ainsi: Tu as déposé le vieux vêtement et tu as reçu le nouveau, dont l'éclat rivalise avec les rayons même du soleil. Prends soin de conserver toujours en ce même éclat la beauté de ce vêtement.

CHRYSOSTOME (J.), Huit catéchèses baptismales, Sources chrétiennes, 50, Cerf, Paris, 1957, p. 191s.
Cité in: BOURGUET (D.), L'Evangile médité par les Pères: Matthieu, Olivétan, 2006, p. 31-32



Jean Chrysostome (344-407): 

Ιl nait à Antioche dans une famille chrétienne. 
Devenu diacre puis prêtre, il rédige de nombreux traité théologique. 
Réputé pour son éloquence, il reçoit ce nom de Chrysostome qui signifie "bouche d'or". 
Déposé et exilé par le pouvoir politique, il est l'un des saints les plus marquants de l'Eglise et il a laissé une oeuvre théologique considérable.
L'Eglise orthodoxe utilise encore aujourd'hui la liturgie attribuée à Jean Chrysostome. 
Il a été considérablement cité par les Pères qui sont venus après lui et a durablement marqué la théologie y compris de Luther et Calvin entre autres.

mercredi 31 août 2016

"La création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu." (Rm 8,19)

par Nicolas Vélimirovitch




"Aussi la création attend-elle avec un ardent désir 
la révélation des fils de Dieu. 
Car la création a été soumise à la vanité, 
non de son gré mais à cause de lui qui l'y a soumise, 
avec l'espérance qu'elle aussi sera affranchie 
de la servitude de la corruption, 
pour avoir part à la liberté 
de la gloire des enfants de Dieu. 
Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, 
la création tout entière soupire 
et souffre les douleurs de l'enfantement." 
(Romains 8, 19-22)



Si seulement de la pierre je pouvais créer des musiciens, avec le sable du lac des danseurs, et avec le feuillage de toutes les forêts des chanteurs, pour qu'ils m'aident à glorifier le Seigneur ! Et que la voix de la terre retentisse aussi parmi les choeurs des anges !

Les fils des hommes se sont jetés sur la table de l'Hôte absent, aussi ne chantent-ils que pour eux-mêmes et pour leurs bouchées avides qu'ils devront finalement rendre à la terre. 
La cécité des fils des hommes est misérable, car ils ne voient pas la force et la gloire du Seigneur. L'oiseau vit dans la forêt et ne voit pas la forêt. Le poissons nage dans l'eau et ne voit pas l'eau. La taupe creuse sous la terre et ne voit pas la terre. Misérable en vérité est la similitude entre l'homme et les oiseaux, l'homme et les poissons, l'homme et les taupes.
Les hommes, comme les volatiles, ne font pas attention à ce qui existe en quantité, mais soulèvent leurs cils seulement face aux raretés, face aux exceptions. 

Tu es trop présent, Seigneur, aussi les hommes ne te voient-ils pas. Tu es trop apparent, Seigneur mon soupir, aussi l'attention des hommes est-elle détournée de Toi et rivée sur les ours polaires, sur la rareté lointaine. Tu sers trop tes serviteur, ô Fidélité, aussi au dédain Tu es trop exposé. Tu es trop empressé à allumer les encensoirs sur la voûte céleste ! Quant au coeur paresseux de l'homme, il parle davantage du serviteur négligeant que du serviteur empressé.

Ô mon Amour, s'il m'était donné d'animer tous les habitants de la terre, de l'eau et de l'air pour qu'ils entonnent ta louange ! S'il m'était donné que la lèpre se retire des yeux de la terre. En vérité tu es grand, ô mon Dieu, même sans monde. Que le monde te loue ou te blasphème, tu es toujours aussi grand ! Mais quand le monde te blasphème, tu es plus grand encore aux yeux de tes saints.

VELIMIROVITCH (N.), Prières sur le lac, Lausanne, L'Age d'Homme, 2004, p. 55-56.


Pour en savoir plus sur la vie et l'oeuvre de Nicolas Vélimirovitch, cliquez ici...

jeudi 25 août 2016

"Laissez les enfants venir à moi !" (Mc 10,14)

par Nicolas Vélimirovitch


Le Christ accueillant les enfants


"Laissez les enfants venir à moi !", crie à haute voix le Fils de la Vierge, et seuls les enfants viennent à lui. De l'enfer des flammes seront responsables ceux qui défendent aux enfants l'accès au Fils de Dieu ; car ils ne s'en approchent pas, et ne permettent pas aux autres de s'en approcher.

-Pourquoi les enfants, Seigneur, pourquoi appelles-tu les enfants ?

-Parce que je suis un enfant, moi aussi, j'appelle les enfants. Les imposteurs voient en moi un imposteur, les impies un impie et le tyran un usurpateur. Les pharisiens demandent: "Qui est-il celui-là ?" Et ils ne peuvent s'en souvenir. Et les raisonneurs me poursuivent avec leur sagesse terrestre.
Seuls les enfants me connaissent, car je suis un enfant aussi. Comme un enfant, je ne m'appartiens pas, et comme un enfant, je ne cherche pas la gloire pour moi. Comme un enfant, je ne pense rien par moi-même, je ne dis rien par moi-même et je ne fais rien par moi-même. Mais comme un enfant je pense à ce que mon Père m'enseigne, je dis ce que j'entends, et je fais ce que je vois. 

Les enfants cessent d'être des enfants, mais moi, je ne cesse d'être un enfant. Les enfants cessent d'être des enfants à cause de leurs guides mauvais, qui leur interdisent un séjour permanent avec moi et leur enseignent l'ancienne sagesse du monde. Mais moi, je ne cesse pas d'être un enfant, car je me nourris éternellement de la jeune sagesse du ciel.

Heureux ceux qui, dans leur vieillesse, se débarrassent de leur guides mauvais et de leur sagesse qui rend vieux, malade et mort. Celui qui s'adresse à moi, bien qu'il soit vieilli par le monde, j'en ferai un enfant, et comme un enfant éternel il règnera dans mon Royaume, auquel les vieillards de ce monde n'ont pas accès. Je vous le dis, mon Royaume est le royaume des enfants.
En vérité, ceux qui sont créés ne verront pas la lumière du Royaume de Dieu, seuls la verront ceux qui sont engendrés. Ce qui est à moi, ce qui est comme moi, sera avec moi."

Seigneur lumineux et Enfant éternel dans le giron de la Sainte Trinité, aide-moi par son innocence, la plus grande force qui soit dans tous les mondes, à naître par l'Esprit Saint !
Que je ne sois pas, comme la statue de pierre créée par ce monde, brisé et par le vent dispersé. Mais que je sois tel un nouveau-né engendré, inséparable de Toi dans l'éternité, ô Prince de l'innocence et de tous les innocents ! Amen. 

NICOLAS VELIMIROVITCH, Prières sur le lac, Lausanne, L'Age d'homme, 2004, p. 156-157.


Nicolas Vélimirovitch: né en 1880 en Serbie et décédé en 1956 en Pennsylvanie. Il nait dans un petit village serbe, de parents modestes qui cultivent la terre. Il fait de brillantes études. En 1908, il obtient son doctorat en théologie à l'université de Berne, puis un doctorat en philosophie à l'université de Genève en 1909. Par la suite il devient moine et enseigne au séminaire de Belgrade.
Sa réputation grandissante attire l'attention du gouvernement qui lui confie alors des missions diplomatique en occident durant la 1e guerre mondiale. En 1919 il devient évêque de Jitcha puis d'Ohrid. En 1941, il condamne l'invasion allemande. Il sera arrêté puis emprisonné au camp de Dachau d'où il sera libéré en 1945 par les Américains. Devant la prise de pouvoir communiste en Serbie, il décide de s'exiler aux USA où il demeure et enseigne au monastère St Thikon en Pennsylvanie. C'est là qu'il finira ses jours. En 2003, il est canonisé par l'Eglise orthodoxe serbe pour sa vie, son témoignage et son oeuvre.

vendredi 12 août 2016

Heureux les pauvres en esprit...

par Daniel Bourguet


Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux.  (Mat 5,3)


"Il existe une cupidité au niveau des biens matériels. Mais il y a une maladie plus pernicieuse, une cupidité plus subtile dont il nous faut parler, car elle nous menace tout particulièrement: c'est la cupidité au niveau des biens spirituels.

On peut être cupide de biens spirituels, cupide de charismes, cupide de richesses spirituelles. Nous sommes malades de cette cupidité-là chaque fois que nous oublions que les charismes ne nous appartiennent pas, qu'ils sont de Dieu et qu'ils sont à partager, chaque fois que nous oublions de rendre grâce pour ces dons, chaque fois que nous désirons plus pour notre satisfaction.
Pour cette cupidité-là le remède est le même que pour la cupidité matérielle: c'est aussi le dépouillement, mais le dépouillement de biens spirituels cette fois ; c'est le dépouillement par goût de Dieu.

La cupidité spirituelle et le goût des cadeaux de Dieu. Pour s'en guérir, il est nécessaire de remplacer ce goût des cadeaux de Dieu par le goût de Dieu seul. Nous aimons Dieu bien souvent parce qu'il va nous donner quelque chose ! Un tel amour est malade de cupidité. 

L'amour de Dieu est sain quand il aime Dieu sans ses cadeaux, et qu'il parvient donc à aimer Dieu dans sa pauvreté, un Dieu qui ne donne rien d'autre que sa présence, sans charismes, sans visions, sans extases, sans miracles, sans tout ces dons spirituels dont il nous gratifie. Le goût d'un Dieu dépouillé ! Un tel Dieu existe en Christ: ce Dieu dépouillé c'est le Crucifié."

BOURGUET (D.), Les Béatitudes, Olivétan, 2007, p. 43-44.



Daniel Bourguet est pasteur, anciennement professeur d'Ancien Testament. Il a été le Prieur de la Fraternité spirituelle des Veilleurs. En savoir plus en cliquant ici...

lundi 23 mai 2016

Dieu n'est pas l'auteur du mal

par Frère Roger



Certains s'interrogent: si Dieu existait, il ne permettrait pas les guerres, l'injustice, la maladie, l'oppression, ne serait-ce que d'un seul sur la terre; si Dieu existait, il empêcherait l'être humain de faire le mal.

Voici bientôt trois millénaires, le prophète Elie va un jour au désert pour écouter Dieu. Un ouragan se déchaine, ensuite un tremblement de terre, et un feu violent. Mais Elie comprend que Dieu n'est pas dans ces déchainements de la nature. Puis tout entre dans le calme, Elie entend Dieu comme dans le murmure d'une brise légère (1 Rois 19, 9-13).  Et lui apparait cette réalité saisissante: souvent la voix de Dieu se transmet dans un souffle de silence.

Pour l'une des premières fois dans l'histoire est écrite une intuition aussi limpide: Dieu ne terrorise personne. Dieu n'est jamais l'auteur du mal, des séismes naturels, de la guerre, des malheurs terrestres. Ni la souffrance, ni la détresse humaines ne sont voulues par Dieu.

Dieu ne s'impose pas. Il nous laisses libres d'aimer ou de ne pas aimer, de pardonner ou de rejeter le pardon. Mais Dieu n'assiste jamais passivement à la peine des êtres humaines, il souffre avec l'innocent, victime de l'incompréhensible épreuve, il souffre avec chacun. Il y a une douleur de Dieu, une souffrance du Christ.

Jésus le Christ, aurions-nous la foi jusqu'à transporter les montagnes, sans la vivante charité, que serions-nous ? Toi, tu nous aimes.
Sans ton Esprit qui habite en nos coeurs, que serions-nous ? Toi, tu nous aimes.
En prenant tout sur tout, tu nous ouvres un chemin vers la confiance en Dieu, lui qui ne veut ni la souffrance ni la détresse humaines.
Esprit du Christ ressuscité, Esprit de compassion. Esprit de la louange, ton amour pour chacun de nous ne s'en ira jamais. Amen !

Extraits de: FRERE ROGER, "Les sources de Taizé", in Les écrits fondateurs: Dieu nous veut heureux, Ateliers et Presses de Taizé, 2011.


Plus de détails sur la vie de Frère Roger en cliquant ici...



mardi 9 février 2016

"Ils allèrent de village en village annonçant la bonne nouvelle" (Luc 9,6)

Par Carlo Caretto



L'homme sans Dieu est un poumon sans air, un oeil sans lumière un coeur sans amour. Celui qui possède Dieu en lui comprend cela à fond, et il se demande comment on peut vivre dans Lui. C'est là que nait tout élan vers l'apostolat.
Il ne s'agit pas de transmettre une formule, mais "un être", une "paix", une "lumière". On évangélise par sa propre vie avant d'évangéliser par la parole. Celui qui réduit l'Evangile à des formules sera un froid administrateur et non point un prophète. Jésus est venu apporter le feu sur la terre et non point le catéchisme.
Celui qui se contente de faire le catéchisme sans l'annoncer dans sa propre vie écrit sur un sable que le vent de la passion dispersera. Les tonnes et les tonnes de catéchismes qui ont été versées dans les paroisses et ruminées dans les séminaires nous ont conduits à la crise actuelle. Le catéchisme sans vie et sans témoignage est comparable à un remède que l'on donnerait à un mort.
C'est la foi qui fait de nous des vivants, non la culture religieuse, fût-elle profonde comme la mer. Tu dois transmettre ta contemplation, non point ta sagesse, encore moins ta culture. Seul celui qui contemple le visage de Dieu et en reste comme extasié peut dire efficacement à son frère: "Viens voir, et tu comprendras par toi-même combien c'est beau !" Entrainer les autres dans la contemplation, c'est l'âme de tout apostolat. Et tu ne peux le faire que si d'abord tu contemples toi-même. "Viens voir, viens essayer, viens écouter, viens avec moi sur la montagne sainte." Et ce qui convainc le frère de te suivre, c'est la grâce de Dieu qui ne manque jamais et ta conviction, ton expérience, ton exemple qui... ne sont jamais de trop.
Le Christ est le soleil de la terre, et tout homme, dans sa nuit, aspire à quelqu'un ou à quelque chose qui puisse refléter pour lui cette lumière en l'accueillant auparavant. Faire en sorte que la lumière de Jésus vive en toi, c'est la condition indispensable pour que tu puisses, à ton tour, éclairer quelqu'un d'autre près de toi. Ne cherche rien d'autre si tu veux être apôtre.
 Ce n'est point ta sagesse qui comptera, c'est ta possibilité d'accueillir la lumière de Dieu qui vient à toi dans le Christ. Et elle viendra surtout si tu vis les Béatitudes qui sont la synthèse la plus pure et la plus fulgurante de l'Evangile et de la pensée de Jésus. Commence donc à les réciter, et puis efforce-toi de les vivre.


("Au-delà des choses", Apostolat des éditions, 1973, p.181s.)

lundi 25 janvier 2016

"Va te réconcilier avec ton frère" (Mt 5,24)

par Maxime le Confesseur


Veille sur toi-même. Prends garde que le mal qui te sépare de ton frère ne se découvre un jour non pas en ton frère, mais en toi. Hâte-toi de te réconcilier avec lui, afin de ne pas déchoir du commandement de l’amour.
Ne méprise pas le commandement de l'amour. C'est par lui que tu seras fils de Dieu. Mais si tu le transgresse, tu te retrouveras fils de la géhenne. [...]

Es-tu en train de connaître l’épreuve du fait de ton frère, et la tristesse est-elle entrain de te mener à la haine ? Ne te laisse pas vaincre par la haine, mais sois vainqueur de la haine par l’amour.
Voici comment tu vaincras : en priant sincèrement Dieu pour lui, en acceptant qu’on l’excuse, ou même en te faisant toi-même son défenseur, en considérant que tu es toi-même responsable de ton épreuve, et en la supportant avec patience jusqu’à ce que le nuage soit passé. [...]

Le frère dont tu considérais hier qu’il était spirituel et vertueux, ne le juge pas faux et méchant à cause de l’aversion d’aujourd’hui, car cette aversion t’est inspirée par la calomnie du Malin.
Rejette donc de ton âme cette aversion ; rejette-la par l’amour patient, en pensant au bien que ton frère, hier, t’a procuré.

Celui dont, hier, tu louais la bonté et glorifiais la vertu, ne dis pas du mal de lui aujourd’hui, en considérant qu’il est faux et méchant parce qu’en toi, l’amour s’est changé en aversion. Ne blâme pas ton frère pour justifier la haine mauvaise qui est en toi. Mais continue de le louer, quand bien même t’accablerait la tristesse, et tu reviendras aisément à cet amour salutaire.

En mêlant inconsciemment le blâme à tes paroles quand tu parles à d’autres frères, n’altère pas les éloges qu’on adresse habituellement à ton  frère, à cause de la peine qu’il t’a faite et qui est encore en toi. Mais dans les conversations, loue-le en toute pureté, prie sincèrement pour lui comme pour toi-même, et tu seras très vite délivré de la dangereuse aversion. [...]

Si d’aventure un frère, parce qu’il est tenté, persiste à dire du mal de toi, ne te laisse pas emporter hors de l’état d’amour, quand le démon lui-même te trouble en pensée. Ainsi tu ne seras pas emporté si, injurié, tu bénis et si, diffamé, tu demeures bienveillant.
Telle est la voie qui donne d’aimer la sagesse, selon le Christ. Ce lui qui ne la suit pas ne demeure pas en lui.

Examine ta conscience avec le plus grand soin, pour savoir si tu n’es pas responsable de ce que ton frère ne soit pas réconcilié. Et n’essaie pas de tromper ta conscience, car elle connaît tes secrets ; elle t’accusera à l’heure de la mort, et au moment de la prière, elle sera pour toi un obstacle. [...]

Celui qui nourrit de la haine contre un homme ne peut pas être en paix avec Dieu, lui qui as dit : « Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, votre Père céleste non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » (Mat 6,14).
Si donc ton frère ne veut pas faire la paix, toi, du moins, garde-toi de le haïr et prie sincèrement pour lui, sans dire à personne du mal de lui.

Si tu as décidé de vivre avec des frères spirituels, laisse tes volontés à la porte. Autrement tu ne pourras pas être en paix avec Dieu, ni avec ceux qui vivent près de toi.
Ne consens pas à perdre l’amour spirituel, car nulle autre voie de salut n’a été donnée aux hommes.

Lorsque dans ta pensée, tu n’auras ni parole, ni acte honteux, lorsque tu ne garderas par rancune envers qui t’a fait du tort ou dit du mal de toi, lorsqu’au moment de la prière, tu auras l’esprit sans distraction, alors tu sauras que tu as atteint la pleine mesure de la liberté intérieure et de l’amour parfait.

Heureux l’homme capable t’aimer tous les hommes également ! Heureux l’esprit qui a dépassé les créatures et qui jouit sans cesse de l’amour de Dieu.


MAXIME LE CONFESSEUR, Centuries sur l'amour, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, tome A3, p. 411ss.) Extraits présentés dans Daniel Bourguet, L'Evangile de Matthieu médité par les Pères.


Maxime le Confesseur (580- † 662): Il nait vraisemblablement dans une famille noble, il revient Premier secrétaire de l'Empereur Héraclius I. Il devient moine en 613 dans un monastère près de Cyzique avant de devoir fuir à Carthage devant l'avancée des Perses. Il est l'inspirateur du  Concile du Latran qui condamna le monothélisme. Mais Constance II fit destituer le pape Martin et arrêter Maxime qui furent envoyés à Constantinople pour être jugés. Le Patriarche Pierre (un monophysite) fit condamner Maxime à l'exil. Il fut torturé et mutilé, on lui coupa la langue ainsi que la main droite.
Son oeuvre est considérable, sa production théologique systématise les grandes lignes théologiques des Pères. On lui doit notamment les Questions à Thalassios, les Centuries sur l'amour qui sont dans la Philocalie, les Ambigua, la Mystagogie, ainsi que de nombreuses lettres. Il est commémoré le 21 janvier par les Orientaux et le 13 août par les Latins.

vendredi 22 janvier 2016

"Il prit le pain… il prit la coupe" (Mt 26, 26-27)

par Ephrem le Syrien



Au désert, notre Seigneur multiplia le pain, et à Cana il changea l'eau en vin. Il habitua ainsi la bouche de ses disciples à son pain et à son vin, jusqu'au temps où il leur donnerait son corps et son sang. Il leur fit goûter un pain et un vin transitoires pour exciter en eux le désir de son corps et de son sang vivifiants. Il leur donna libéralement ces menues choses, pour qu'ils sachent que son don suprême serait gratuit. Il les leur donna gratuitement, afin qu'ils sachent qu'on ne leur demanderait pas de payer une chose inestimable; car, s'ils pouvaient payer le prix du pain et du vin, ils ne pourraient payer son corps et son sang.

Non seulement il nous a comblés gratuitement de ses dons, mais encore il nous a cajolés avec tendresse. Car il nous a donné ces menues choses gratuitement pour nous attirer, afin que nous approchions et recevions gratuitement cette chose si grande qu'est l'Eucharistie. Ces menus morceaux de pain et de vin qu'il a donnés étaient doux à la bouche, mais le don de son corps et de son sang est utile à l'esprit. Il nous a attirés par ces choses agréables au palais, afin de nous entraîner vers ce qui vivifie les âmes. Il a caché de la douceur dans le vin qu'il a fait, pour indiquer aux convives quel trésor magnifique est caché dans son sang vivifiant. 

Comme premier signe, il fit un vin réjouissant pour les convives, afin de manifester que son sang réjouirait toutes les nations. Le vin intervient dans toutes les joies imaginables, et de même toutes les délivrances se rattachent au mystère de son sang. Il donna aux convives un vin exceller qui transforma leur esprit, pour leur faire savoir que la doctrine dont il les abreuverait transformerait leur coeur. Ce qui n'était d'abord que de l'eau fut changé en vin dans les amphores; c'était le symbole du premier commandement amené à la perfection ; l'eau transformée, c'était la loi perfectionnée.
Les convives buvaient ce qui avait été de l'eau, mais sans goûter l'eau. De même, lorsque nous entendons les anciens commandements, nous les goûtons dans leur saveur nouvelle. Au précepte "gifle pour gifle" qui est dans la loi de Moïse, a été substituée la perfection: "A celui qui te frappe, présente l'autre joue" (Mt 5,39).

En un clin d'oeil, le Seigneur a multiplié un peu de pain et transformé de l'eau en vin. Ce que les hommes font et transforment en dix mois de travail, ses dix doigts l'ont fait en un instant. […] Il n'a pas multiplié le pain, ni produit le vin autant qu'il l'aurait pu, mais jusqu'à la mesure suffisante pour les convives. Ce n'est pas sa puissance qui a mesuré son miracle, mais le besoin des convives et la faim des affamés. Si, en effet, le miracles avait été mesuré à sa puissance, il serait impossible d'en évaluer la victoire.

EPHREM LE SYRIEN, Commentaire du Diatessaron, Sources chrétiennes n° 121, Le Cerf, Paris, 1966.
Tiré de: BOURGET D., L'Evangile médité par les Pères: Jean, Olivétan, 2010, p. 49-50.

Ephrem le Syrien: né en 306 (en Turquie actuelle) et mort en 373, il enseignait la théologie jusqu'au moment où il fut contraint de fuir avec ses élèves à cause de l'invasion perse. Poète, il a écrit beaucoup d'hymnes (plus de 400) et des sermons en vers, ainsi que des commentaires en prose. La beauté de ses écrits lui vaut d'être surnommée "la harpe du Saint Esprit". Reconnu saint par les Orthodoxes comme par les Catholiques, il est proclamé docteur de l'Eglise par Benoit XV en 1920.

vendredi 13 mars 2015

La Sola scriptura de Pierre Damascène

"Quiconque cherche le but de l'Ecriture ne doit jamais lui donner sa propre interprétation, ni en bien ni en mal. Mais, comme disent le grand Basile et Jean Chrysostome, il a pour maître la divine Ecriture elle-même, et non les enseignements du monde. [...] Mais la recherche et la pensée sont volonté propre et science corporelle, surtout si l'on force l'Ecriture comme un voleur pour en dégager une allégorie, comme dit Jean Chrysostome. Alors on n'entre pas par la porte de l'humilité, mais on vient d'ailleurs. Car celui qui force le but de l'Ecriture ou y trouve à redire pour poser sa propre connaissance, ou plutôt son ignorance, il n'y a pas plus insensé que lui sur la terre." 

Pierre Damascène, Livre Premier, Philocalie, Tome B.1, p.63)