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"Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu'ils te rendent grâce tous ensemble !" (Psaume 67)

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lundi 18 mai 2015

"Ils furent tous remplis du Saint-Esprit" (Ac 2) - Fête de la Pentecôte

par le Père Cyrille Argenti


Avec la langue, on parle. Avec une langue de feu, on parle la Parole de Dieu.
Le Christ on pouvait le voir sans le reconnaître ; on pouvait le voir et le crucifier ; on pouvait entendre sa voix et ne pas le croire. Mais l'Esprit parle directement à l'intimité du coeur ; il communique la Parole du Fils à l'esprit même de l'homme ; il crée avec Dieu un contact "coeur à coeur".
Le chef d'orchestre invisible, qui rassemblait et rassemble les chrétiens autour du Christ ressuscité, qui fait de tous les membres de son Corps l'Eglise, c'est le Saint Esprit. C'est lui qui parle à leur conscience et les fait communiquer de l'intérieur dans l'unité de la foi, dans une communion à la même Parole, au même Christ, à la même vérité.

L'Eglise n'est donc pas essentiellement une institution, c'est-à-dire une organisation avec des statuts et des règles de fonctionnement, même s'il a bien fallu qu'elle en acquière. Elle est la présence mystérieuse du Fils de Dieu prenant chair, par l'opération du Saint Esprit, dans une assemblée de pécheurs qui croient en la résurrection de leur maître et la proclame au monde.

Nous devenons ce corps lorsque rassemblés d'un seul coeur pour manger "le pain venu du ciel" et boire "le sang de la Nouvelle Alliance", nous disons à Dieu le Père: "Nous te demandons et te supplions, envoie sur nous et sur ces Dons ton Saint Esprit." 

Cette présence de l'Esprit, ce désir de l'Esprit caractérise la nature essentielle de l'Eglise.

L'Eglise est donc l'assemblée des fidèles dont la vocation et d'implorer, au nom du Fils, la descente du Saint Esprit pour eux-mêmes et pour le monde, pour le renouveau et la recréation du monde, de l'univers, du cosmos entier, de tout notre monde pollué. De même que la lumière passe à travers la fenêtre, l'Esprit peut traverser la matière et la transfigurer.

Les apôtres lors de la Pentecôte. En bas, dans une cavité noire, le vieillard représente la création entière (le cosmos) qui est encore prisonnière des ténèbres et attend avec impatience la libération qu'apporte le Saint Esprit.

Le Saint Esprit, en nous unissant corps et âme à Celui qui est "l'image du Dieu invisible", rend de plus en plus brillante l'image de Dieu en chacun de nous. Il est Celui par qui "nous sommes transfigurés de gloire en gloire en cette même image par le Seigneur qui est Esprit." 

Croître en Christ, image parfaite de Dieu, pour réaliser pleinement cette ressemblance selon laquelle nous avons été créés, tel est le but de notre vie.

Nous pourrons l'atteindre dans la mesure où nous supplierons sans cesse le Père d'insuffler en nous son souffle, son Saint Esprit. Projetant ainsi en nous l'image du Fils, nous serons de plus en plus semblables à notre divin modèle et unis à la divine beauté. En d'autre termes nous serons christifiés.

Oui, "Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans nos coeurs " (Gal 4, 6). Mais en sommes-nous toujours conscients ? Tout comme le Fils de Dieu cache sa présence sous l'aspect humain d'un enfant de Bethléem, de même l'Esprit cache sa présence au plus profond de nous, à la source de notre volonté et de notre liberté. Quand nous faisons quelque chose sous l'influence de l'Esprit, nous ne le faisons pas à cause d'une pression extérieure, mais par une impulsion qui vient du plus profond de notre coeur.

Un chrétien orthodoxe sera donc celui qui, chaque matin appellera le Saint Esprit en disant: "Roi Céleste, Consolateur, Esprit de Vérité, toi qui es partout présent et qui remplis tout, Trésor de tout bien et Donateur de vie, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, Dieu bon".

ARGENTI Cyrille, N'aie pas peur, Paris, Cerf, 2002, p. 84ss.
Tiré de: Daniel Bourguet, L'Evangile médité par les Pères: Jean, Lyon, Olivétan, 2010


Cyrille Argenti naît en 1919 à Marseille dans une famille d'origine grecque.
Durant la seconde guerre mondiale, alors que Marseille est occupé par les Allemands, il aide à sauver plusieurs dizaines de juifs, ce qui lui vaut d'être déclaré "Juste parmi les nations" par le Yad Vashem. Il sera par ailleurs arrêté par la Gestapo en 1944 et sauvé de façon miraculeuse.
Devenu moine sur l'île grecque de Paros, il est ordonné prêtre en 1950 et officie à Marseille. En 1962, il célèbre la première liturgie en français. 
Il lutta pour l'indépendance de l'Eglise vis-à-vis du pouvoir civile, ce qui lui valu d'être menacé.
Toute sa vie il se préoccupa des clochards et des pauvres tout en conservant en même temps le gout de l'enseignement théologique et de la formation spirituels de ses paroissiens. 



vendredi 8 mai 2015

Lire une icône (I) : la symbolique du corps humain

L'icône ne cherche pas à présenter l'homme dans sa réalité physiologique, par le détail réaliste de chaque membre de son corps comme l'ont fait les peintres de la Renaissance. Le but visé par l'icône n'est pas le réalisme physique, mais le réalisme théologique. La représentation des corps laisse d'ailleurs de côté les détails inhérents à l'âge ou à la race. Comme le relève le Père Michel Quenot (p. 35): "Le saint défunt fortement âgé n'est ainsi pas représenté comme un vieillard croulant mais avec les marques de la maturité spirituelle."
De même, l'icône dans sa représentation  des visages présente l'homme théologiquement parfait (et non pas aux proportions parfaites, ni encore dans la sensualité débridée de certaines oeuvres du XIVe). C'est l'homme déifié qui est peint dans l'icône, l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu. D'ailleurs bien souvent les saints ont des traits relativement proches de ceux du Christ ; l'Homme-Dieu par excellence, qui permet et ouvre la déification à l'humanité.

Icône du Christ Pentocrator

Les yeux

Ils sont souvent grands, largement ouverts. Se tenant devant l'icône, ce n'est pas tant moi qui la regarde que moi qui suis regardé par elle. Les yeux de l'icône, "inexpressifs" au premier abord sont souvent comme un miroir pour celui qui regarde l'icône lui révélant ainsi beaucoup sur lui-même. Plutôt qu'inexpressifs, je dirais donc qu'ils sont entièrement tournés et plongés dans la contemplation de Dieu, d'où leur impassibilité paisible.

Les oreilles

Elles sont discrètes, souvent cachées par les cheveux. Elle sont comme repliées vers l'intérieur, n'écoutant plus tant les bruits de ce monde qui passe, mais restant concentrées sur la Parole de Dieu qui a établi sa demeure dans le coeur. C'est pourquoi les oreilles sont comme tournées vers le coeur.

La bouche

L'humanité a chuté parce que "l'arbre semblait bon à manger" (Gn 3,6). Par la bouche de l'homme, le péché est entré dans le monde. La bouche est le symbole de l'amour du plaisir, des biens matériels qu'on cherche à dévorer inlassablement et insatiablement pour combler le vide intérieur. Dans l'icône en revanche, la bouche est très fine, "réduite à l'extrême" comme le relève Michel Quenot (p. 29). La bouche dans l'icône est dépourvue de toute sensualité.
Neutre, elle n'esquisse ni sourire ni expression particulière ; c'est signe de la paix intérieure parfaite.
Détail d'une icône de la Vierge: un nez fin, une bouche très fine,
de petites oreilles et des yeux grands ouverts.

Le nez

Les mentions de l'odeur ne sont pas rares dans la Bible (qu'il s'agisse d'odeurs douces ou nauséabondes.) Le nez de l'homme déifié est appelé à respirer "la bonne odeur du Christ" (2 Corinthiens 2,15) pour que l'être entier exhale cette bonne odeur ; c'est cela la fameuse odeur de sainteté. Dans l'icône le nez est fin, il ne se laisse plus séduire par la suavité des odeurs du monde, mais respire uniquement par le Souffle de l'Esprit Saint.



Les joues, le front, le menton et la barbe

Les joues apparaissent souvent creusées et burinées par les jeûnes et les veilles, révélant ainsi l'ascèse constante et dure de certains saints.
Saint Jean Baptiste: traits marqués par l'ascèse


Le front apparait parfois large et important, cela pour signifier l'intelligence et la grande sagesse qui y réside.
Maxime le Confesseur: un large front qui renferme une grande sagesse


Le menton des hommes est caché par une barbe fournie, tressée ou encore hirsute qui révèle la fonction de la personne : la barbe varie selon que l'on est évêque ou ermite.
Saint Pierre et Saint Paul: deux exemples de barbes différentes


Les cheveux

Il forment souvent (en particulier pour le Christ et pour sa Mère) une couronne autour du visage. Le personnage représenté est parfois chauve (comme Maxime le Confesseur), ou encore tressé comme c'est le cas dans la chevelure des anges. Les coiffures sont multiples mais révèlent toujours un aspect ou un trait de la vie du personnage. Comme tout élément de l'icône, les chevelure délivre un message sur son porteur. 
Saint Michel: archange aux cheveux tressés

Les mains et les pieds

Ce qui frappe au premier abord, c'est la taille des mains et des pieds, mais aussi leur finesse.
Mains fines, longs doigts plein de noblesse dans les icône russes, les icônes grecques en revanche tendent plutôt à présenter des doigts aux articulations saillantes qui "rayonnent la lumière et dégagent un énergie insoupçonnée" (M.Quenot, p.33).
Les pieds révèlent parfois le niveau social de la personne, selon qu'il va pieds nus ou qu'il porte des sandales. La "lumière" (hachures d'or) montrent la sainteté: on en trouve souvent dans les mains et les pieds.

Détail des mains du Baptiste

L.Papaux



Source: QUENOT Michel, Les clefs de l'icône: son langage symbolique, St.Maurice (Suisse), Saint-Augustin, 2009, p. 21-35