par le Père Cyrille Argenti
Avec la langue, on parle. Avec une langue de feu, on parle la Parole de Dieu.
Le Christ on pouvait le voir sans le reconnaître ; on pouvait le voir et le crucifier ; on pouvait entendre sa voix et ne pas le croire. Mais l'Esprit parle directement à l'intimité du coeur ; il communique la Parole du Fils à l'esprit même de l'homme ; il crée avec Dieu un contact "coeur à coeur".
Le chef d'orchestre invisible, qui rassemblait et rassemble les chrétiens autour du Christ ressuscité, qui fait de tous les membres de son Corps l'Eglise, c'est le Saint Esprit. C'est lui qui parle à leur conscience et les fait communiquer de l'intérieur dans l'unité de la foi, dans une communion à la même Parole, au même Christ, à la même vérité.
L'Eglise n'est donc pas essentiellement une institution, c'est-à-dire une organisation avec des statuts et des règles de fonctionnement, même s'il a bien fallu qu'elle en acquière. Elle est la présence mystérieuse du Fils de Dieu prenant chair, par l'opération du Saint Esprit, dans une assemblée de pécheurs qui croient en la résurrection de leur maître et la proclame au monde.
Nous devenons ce corps lorsque rassemblés d'un seul coeur pour manger "le pain venu du ciel" et boire "le sang de la Nouvelle Alliance", nous disons à Dieu le Père: "Nous te demandons et te supplions, envoie sur nous et sur ces Dons ton Saint Esprit."
Cette présence de l'Esprit, ce désir de l'Esprit caractérise la nature essentielle de l'Eglise.
L'Eglise est donc l'assemblée des fidèles dont la vocation et d'implorer, au nom du Fils, la descente du Saint Esprit pour eux-mêmes et pour le monde, pour le renouveau et la recréation du monde, de l'univers, du cosmos entier, de tout notre monde pollué. De même que la lumière passe à travers la fenêtre, l'Esprit peut traverser la matière et la transfigurer.
Le Saint Esprit, en nous unissant corps et âme à Celui qui est "l'image du Dieu invisible", rend de plus en plus brillante l'image de Dieu en chacun de nous. Il est Celui par qui "nous sommes transfigurés de gloire en gloire en cette même image par le Seigneur qui est Esprit."
Croître en Christ, image parfaite de Dieu, pour réaliser pleinement cette ressemblance selon laquelle nous avons été créés, tel est le but de notre vie.
Nous pourrons l'atteindre dans la mesure où nous supplierons sans cesse le Père d'insuffler en nous son souffle, son Saint Esprit. Projetant ainsi en nous l'image du Fils, nous serons de plus en plus semblables à notre divin modèle et unis à la divine beauté. En d'autre termes nous serons christifiés.
Oui, "Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans nos coeurs " (Gal 4, 6). Mais en sommes-nous toujours conscients ? Tout comme le Fils de Dieu cache sa présence sous l'aspect humain d'un enfant de Bethléem, de même l'Esprit cache sa présence au plus profond de nous, à la source de notre volonté et de notre liberté. Quand nous faisons quelque chose sous l'influence de l'Esprit, nous ne le faisons pas à cause d'une pression extérieure, mais par une impulsion qui vient du plus profond de notre coeur.
Un chrétien orthodoxe sera donc celui qui, chaque matin appellera le Saint Esprit en disant: "Roi Céleste, Consolateur, Esprit de Vérité, toi qui es partout présent et qui remplis tout, Trésor de tout bien et Donateur de vie, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, Dieu bon".
ARGENTI Cyrille, N'aie pas peur, Paris, Cerf, 2002, p. 84ss.
Tiré de: Daniel Bourguet, L'Evangile médité par les Pères: Jean, Lyon, Olivétan, 2010
Cyrille Argenti naît en 1919 à Marseille dans une famille d'origine grecque.
Durant la seconde guerre mondiale, alors que Marseille est occupé par les Allemands, il aide à sauver plusieurs dizaines de juifs, ce qui lui vaut d'être déclaré "Juste parmi les nations" par le Yad Vashem. Il sera par ailleurs arrêté par la Gestapo en 1944 et sauvé de façon miraculeuse.
Devenu moine sur l'île grecque de Paros, il est ordonné prêtre en 1950 et officie à Marseille. En 1962, il célèbre la première liturgie en français.
Il lutta pour l'indépendance de l'Eglise vis-à-vis du pouvoir civile, ce qui lui valu d'être menacé.
Toute sa vie il se préoccupa des clochards et des pauvres tout en conservant en même temps le gout de l'enseignement théologique et de la formation spirituels de ses paroissiens.





