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"Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu'ils te rendent grâce tous ensemble !" (Psaume 67)

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mercredi 17 août 2016

L'amour... le vrai !

par Maxime le Confesseur


Celui qui voit dans son coeur une trace de haine envers un homme quel qu'il soit, pour une offense quelle qu'elle soit, est tout à fait étranger à l'amour de Dieu. Car l'amour de Dieu ne supporte pas la haine de l'homme. Celui qui aime Dieu aime aussi totalement son prochain. Un tel homme ne saurait garder ce qu'il a, mais il le dispense comme Dieu, donnant à chacun ce dont il a besoin.

Il n'a pas encore l'amour parfait celui qui est encore affecté par les caractères des hommes, qui, par exemple, aime l'un et déteste l'autre, ou qui tantôt aime, tantôt déteste le même homme.
L'amour parfait ne déchire pas l'unique et même nature des hommes parce que ceux-ci ont des caractères différents mais, visant toujours cette nature, il aime tout les hommes également. Il aime les vertueux comme des amis, et les dépravés comme des ennemis, leur faisant du bien, les supportant avec patience, allant même jusqu'à souffrir pour eux, ne considérant pas du tout la malice, allant même jusqu'à souffrir pour eux si l'occasion lui en est donnée. Ainsi fera-t-il d'un des amis, si c'est possible. Sinon, il ne déchoit pas lui-même de son ordre: il montre toujours ses fruits à tous les hommes également. Notre Seigneur et Dieu Jésus Christ, montrant l'amour qu'il nous porte, à souffert pour l'humanité entière et a donné l'espérance de la résurrection à tous également, même si chacun, par ses oeuvres, appelle sur lui la gloire ou le châtiment.

C'est pour cinq raisons que, de manière louable ou de manière blâmable, les hommes s'aimes les uns les autres:

  • ou bien par amour de Dieu, comme l'homme vertueux aime tous les hommes, et comme celui qui n'est pas encore vertueux aime uniquement l'homme vertueux.
  • ou bien par nature, comme les parents aiment leurs enfants, et réciproquement.
  • ou bien par vaine gloire, comme celui qui s'est glorifié aime celui qui le glorifie.
  • ou bien par amour de l'argent, comme celui qui le reçoit de lui aime le riche.
  • ou bien par amour du plaisir, comme celui qui prend soin de son ventre et des choses du bas-ventre.
La première raison est louable. La seconde est médiocre. Les autres sont marquées par la passion.


Si tu détestes tels hommes, si tu n'as pour tels autres ni amour ni haine, si tu aimes-ceux-ci mais modérément, et si tu aimes ceux-là très fort, à cette inégalité, sache que tu es encore loin de l'amour parfait, qui se propose d'aimer tous les hommes également.


MAXIME LE CONFESSEUR, Centuries sur l'amour, Philocalie des Pères neptiques, Bellefontaine, T. A3, p. 374-384.


Pour des informations biographiques sur Maxime le Confesseur, cliquez ici...

mercredi 10 août 2016

Méditations olympiques


Période de Jeux Olympiques: l'occasion de proposer quelques citations bibliques et patristiques en lien avec le sport. 


"Ce n'est pas que j'aie déjà remporté le prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus-Christ. Frères, je ne pense pas l'avoir saisi; mais je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ." (Apôtre Paul, Philippiens 3, 12-14)




"Tout lutteur s'impose toute espèce d'abstinences; eux pour recevoir une couronne corruptible, nous, pour une couronne incorruptible. Moi donc, je cours, mais non pas à l'aventure; je donne des coups de poing, mais non pour battre l'air. Au contraire, je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur, après avoir prêché aux autres, d'être moi-même disqualifié." (Apôtre Paul, 1 Cor 9, 24-27)




"Si les rameurs de la crainte ne dirigent pas le navire du repentir, par lequel nous voguons sur les eaux de ce monde pour aller vers Dieu, nous sombrons dans l'eau nauséabonde. Le repentir est le navire. La crainte le pilote. L'amour, le port divin. Quand nous atteignons l'amour, nous sommes parvenus à Dieu. Nous avons achevé notre course." (Isaac le Syrien, Calliste et Ignace Xanthopouloi, Philocalie, Centurie spirituelle, 79-80.)



"Si l'on est vaincu après avoir vaillamment lutté, qu'on ne se décourage absolument pas, qu'on ne renonce pas, mais qu'on se redresse, qu'on reprenne confiance. [...] Dieu relève ceux qui sont renversés et qui est toujours prêt à briser nos ennemis dès que nous nous repentons." (Jean Carpathios, Philocalie, 29, p. 319)





"Si nous nous confions seulement dans notre sobriété et notre vigilance, ou dans notre attention, nous serons vites bousculés par les ennemis, nous serons renversés et nous tomberons. [...] Car nous n'aurons pas la lance puissante: le nom de Jésus-Christ. Seul ce vénérable glaive tournant constamment dans le coeur simple sait les envelopper, les couper, les réduire à rien." (Hésychius de Batos, Philocalie, p. 215)



"Ô mon enfant, il te faut maintenant apprendre en son temps, avant les autres choses et avec les autres choses, ceci: De même que celui qui veut apprendre à bien tirer à l'arc ne tend pas l'arc sans avoir une cible, de même celui qui veut apprendre à vivre l'hésychia doit avoir pour cible d'être toujours un coeur doux. [...] Tu y parviendras aisément, si tu fais tout converger vers l'amour et y portes ton âme, te taisant le plus souvent, te nourrissant modérément et priant toujours." (Calliste et Ignace Xanthopouloi, Philocalie, Centurie spirituelle, 77-78.) 



Pour les plus endurants d'entre vous, poursuivez avec l'article de mon ami Philippe sur le Marathon du Chrétien. 

mercredi 30 mars 2016

Comment garder la paix intérieure ?

par Calliste et Ignace Xanthopouloi


Celui qui commence à se consacrer à l'hésychia* doit passer le jour et la nuit voué à cinq oeuvres par lesquelles il sert Dieu:

1) Dans la prière, c'est-à-dire le souvenir du Seigneur Jésus Christ  ("Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pêcheur") continuellement introduit dans le coeur sans nulle pensée et imagination étrangères. La prière se découvre dans la pure humilité, à l'intérieur de sa chambre, à travers les jeûnes et les veilles. 

2) Dans la psalmodie*

3) Dans la lecture du Psautier sacré, de l'Apôtre (lettres de Paul), et des Saints Evangiles, des écrits des saints Pères théophores*, et particulièrement des chapitres sur la prière, la sobriété et la vigilance.

3) Quant aux autres enseignements divin de l'Esprit, dans le souvenir des péchés qui met le coeur en peine, dans la méditation du Jugement de Dieu, ou de la mort, ou dans la réjouissance et d'autres sujets semblables.

4) Et dans le petit travail des mains, pour museler l'acédie*.

Puis de nouveau se remettre à la prière quand bien même la chose serait dure, jusqu'à ce que l'intelligence s'habitue à rejeter aisément sa propre agitation en étant tout entière occupée du Seigneur Jésus Christ, par le souvenir constant, par continuellement tendu vers le trésor intérieur - lieu secret du coeur - et par un enracinement profond.


*Hésychia: tranquillité,  silence, repos, douceur, paix de l'âme, paix intérieure.
*Psalmodie: chant des Psaumes
*Théophore: porteur de Dieu.
*Acédie: perte de goût pour la prière, dégout des choses spirituelle, lassitude.




CALLISTE ET IGNACE XANTHOPOULOI, Centurie spirituelle, Philocalie des Pères neptiques, Bellefontaine, 2005, p. 583.

lundi 15 février 2016

Quand le sens intellectuel refleurit

En guise d'introduction et pour bien comprendre le propos qui suit, on ne saurait trop rappeler que sous la plume des Pères tout ce qui est "intellectuel" et "intelligible" se rapporte à cette faculté de l'esprit qu'est l'intelligence mais qui n'a pas tout à fait le même sens que ce que l'on entend dans le langage courant. Pour les Pères l'intelligence est la double faculté de penser le monde et de contempler Dieu, elle n'est donc pas seulement cognitive mais éminemment spirituelle. (Ndlr)


par Calliste le Patriarche

"Bienheureux l'homme dont le sens intellectuel a refleuri grâce à l'admirable hèsychia*. Il est retourné pour ainsi dire en lui-même et vit par l'inspiration est l'impulsion de l'Esprit. Redressant les dispositions de l'âme, éveillant l'intelligence et transformant aisément le coeur. Un tel sens est par la grâce le fruit d'une réflexion saine, dès lors que celle-ci s'envole vers le divine. Mais il ne peut revenir à lui-même sans l'expérience de l'hèsychia et la pureté que la grâce donne à l'intelligence. Cela lui est plus impossible qu'à un homme de nager dans l'air. Avec le sens intellectuel, se souvenir de Dieu et contempler Dieu est chose efficace et utile. Mais sans lui, comme si l'on oubliait Dieu, le souvenir de Dieu est d'avantage ignorance et cécité que contemplation et connaissance. 

Celui qui par la grâce a trouvé ce sens divin, on peut dire qu'il a trouvé Dieu. Il n'a pas besoin de paroles. Il se tient près de Dieu. Il a choisi de célébrer la liturgie divine. Il embrasse le silence, ou plutôt il se tait même quand il ne le veut pas. L'Esprit de Dieu demeure en lui. L'amour, la paix, la joie spirituelle se lèvent en lui. Il vit une autre vie que la vie habituelle et commune. Il se réjouit en Dieu. Et ses yeux voient la lumière intellectuelle. Car eux-mêmes sont intellectuels. Son coeur porte le feu. La simplicité, l'immuabilité, l'infini, l'absence de limites et de commencement, l'éternel, s'unissent merveilleusement en lui pour le ravir. Les larmes ne cessent de couler de ses yeux. Il n'en a pas moins dans le coeur la source de l'eau vive, de l'eau spirituelle. Il retrouve l'unité et la totalité en s'unissant à l'intelligible. Il est entouré de la lumière de l'unique. Il jouit des délices plus hautes que le monde. Il est ravi par l'extase, il brille de joie, émerveillé, hors de lui, d'être absorbé par Dieu.

Celui qui a goûté cela comprendra et célébrera justement Dieu Très-Haut, hors de toute figure, de toute qualité, de tout âge, de toute quantité, simple, sans forme, infini, illimité, insaisissable, intangible, invisible, ineffable, inexplicable, sans commencement, éternel, incréé, incorruptible, incompréhensible, insondable, plus haut que l'être, plus que puissant, plus que bon, plus que beau. A lui la gloire et la louange dans les siècles."

Calliste le Patriarche, Philocalie des Pères neptiques, Bellefontaine, 2005, T. B.4, p. 675.


*Hèsychia: lutte contre les passions de l'âme pour atteindre la paix intérieure et le repos impassible.



lundi 25 janvier 2016

"Va te réconcilier avec ton frère" (Mt 5,24)

par Maxime le Confesseur


Veille sur toi-même. Prends garde que le mal qui te sépare de ton frère ne se découvre un jour non pas en ton frère, mais en toi. Hâte-toi de te réconcilier avec lui, afin de ne pas déchoir du commandement de l’amour.
Ne méprise pas le commandement de l'amour. C'est par lui que tu seras fils de Dieu. Mais si tu le transgresse, tu te retrouveras fils de la géhenne. [...]

Es-tu en train de connaître l’épreuve du fait de ton frère, et la tristesse est-elle entrain de te mener à la haine ? Ne te laisse pas vaincre par la haine, mais sois vainqueur de la haine par l’amour.
Voici comment tu vaincras : en priant sincèrement Dieu pour lui, en acceptant qu’on l’excuse, ou même en te faisant toi-même son défenseur, en considérant que tu es toi-même responsable de ton épreuve, et en la supportant avec patience jusqu’à ce que le nuage soit passé. [...]

Le frère dont tu considérais hier qu’il était spirituel et vertueux, ne le juge pas faux et méchant à cause de l’aversion d’aujourd’hui, car cette aversion t’est inspirée par la calomnie du Malin.
Rejette donc de ton âme cette aversion ; rejette-la par l’amour patient, en pensant au bien que ton frère, hier, t’a procuré.

Celui dont, hier, tu louais la bonté et glorifiais la vertu, ne dis pas du mal de lui aujourd’hui, en considérant qu’il est faux et méchant parce qu’en toi, l’amour s’est changé en aversion. Ne blâme pas ton frère pour justifier la haine mauvaise qui est en toi. Mais continue de le louer, quand bien même t’accablerait la tristesse, et tu reviendras aisément à cet amour salutaire.

En mêlant inconsciemment le blâme à tes paroles quand tu parles à d’autres frères, n’altère pas les éloges qu’on adresse habituellement à ton  frère, à cause de la peine qu’il t’a faite et qui est encore en toi. Mais dans les conversations, loue-le en toute pureté, prie sincèrement pour lui comme pour toi-même, et tu seras très vite délivré de la dangereuse aversion. [...]

Si d’aventure un frère, parce qu’il est tenté, persiste à dire du mal de toi, ne te laisse pas emporter hors de l’état d’amour, quand le démon lui-même te trouble en pensée. Ainsi tu ne seras pas emporté si, injurié, tu bénis et si, diffamé, tu demeures bienveillant.
Telle est la voie qui donne d’aimer la sagesse, selon le Christ. Ce lui qui ne la suit pas ne demeure pas en lui.

Examine ta conscience avec le plus grand soin, pour savoir si tu n’es pas responsable de ce que ton frère ne soit pas réconcilié. Et n’essaie pas de tromper ta conscience, car elle connaît tes secrets ; elle t’accusera à l’heure de la mort, et au moment de la prière, elle sera pour toi un obstacle. [...]

Celui qui nourrit de la haine contre un homme ne peut pas être en paix avec Dieu, lui qui as dit : « Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, votre Père céleste non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » (Mat 6,14).
Si donc ton frère ne veut pas faire la paix, toi, du moins, garde-toi de le haïr et prie sincèrement pour lui, sans dire à personne du mal de lui.

Si tu as décidé de vivre avec des frères spirituels, laisse tes volontés à la porte. Autrement tu ne pourras pas être en paix avec Dieu, ni avec ceux qui vivent près de toi.
Ne consens pas à perdre l’amour spirituel, car nulle autre voie de salut n’a été donnée aux hommes.

Lorsque dans ta pensée, tu n’auras ni parole, ni acte honteux, lorsque tu ne garderas par rancune envers qui t’a fait du tort ou dit du mal de toi, lorsqu’au moment de la prière, tu auras l’esprit sans distraction, alors tu sauras que tu as atteint la pleine mesure de la liberté intérieure et de l’amour parfait.

Heureux l’homme capable t’aimer tous les hommes également ! Heureux l’esprit qui a dépassé les créatures et qui jouit sans cesse de l’amour de Dieu.


MAXIME LE CONFESSEUR, Centuries sur l'amour, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, tome A3, p. 411ss.) Extraits présentés dans Daniel Bourguet, L'Evangile de Matthieu médité par les Pères.


Maxime le Confesseur (580- † 662): Il nait vraisemblablement dans une famille noble, il revient Premier secrétaire de l'Empereur Héraclius I. Il devient moine en 613 dans un monastère près de Cyzique avant de devoir fuir à Carthage devant l'avancée des Perses. Il est l'inspirateur du  Concile du Latran qui condamna le monothélisme. Mais Constance II fit destituer le pape Martin et arrêter Maxime qui furent envoyés à Constantinople pour être jugés. Le Patriarche Pierre (un monophysite) fit condamner Maxime à l'exil. Il fut torturé et mutilé, on lui coupa la langue ainsi que la main droite.
Son oeuvre est considérable, sa production théologique systématise les grandes lignes théologiques des Pères. On lui doit notamment les Questions à Thalassios, les Centuries sur l'amour qui sont dans la Philocalie, les Ambigua, la Mystagogie, ainsi que de nombreuses lettres. Il est commémoré le 21 janvier par les Orientaux et le 13 août par les Latins.

dimanche 6 septembre 2015

Le Saint-Esprit: la Source d'où coulent les fleuves d'eau vive.

par Calliste le Patriarche



"Au milieu du paradis en Eden, on voit une source jaillissante divisée en quatre courants et arrosant la face de la terre, ainsi qu'il est écrit. (Gn 2,8)
Dans l'homme, la source d'eau vive est le mouvement vivifiant du Saint-Esprit, dont le Seigneur a dit: "L'eau que je lui donnerai sera pour lui une source d'eau vive", jaillie du coeur, comme celle qui sort merveilleusement de l'Eden.
Cette source se divise en prudence, modestie, justice, et courage. Ce sont les quatre courants d'où jaillit en fleuves toute vertu pareille à Dieu. C'est pourquoi il est dit qu'ensuite l'eau arrose toute la face de la terre (Gn 2,10), ou si tu veux, la face du coeur, de toute évidence pour la croissance, la maturation et la récolte des fruits élus des vertus divines.

L'eau suffit à toutes ces plantes innombrables. Elle qui est une, elle les arrose, les nourrit, les assiste sans mesure, bien qu'elles diffèrent les unes des autres. La source, comme je viens de le dire, coule donc pour toute cette diversité des plantes. Elle répand l'eau unique et simple, laquelle est du plus grand secours. Se divisant en quatre courants, elle fait ainsi ce qui convient à toute plante. 
Cette source est le divin flamboiement surnaturel de Celui qui a créé la vie, son mouvement et son énergie intarissables. Elle a été donnée aux fidèles par grâce.
De cet amour, de cette sagesse, Paul et Isaïe sont des témoins tout à fait probants. Paul dit précisément: "L'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné."(Rm 5,5)

En un mot, d'après les Pères, l'Esprit Saint et vivifiant intervient tellement dans toutes les choses de la vertu et dans ces états qui, apparemment, comme je l'ai dit, s'opposent entre eux, que l'Ecriture l'appelle feu et eau, choses totalement contraires, car il apporte l'aide de tout ce qui, dans l'âme, est bon et beau et il en suscite l'énergie qui donne la vie et la force. 

Ainsi, je pense que la pierre que frappa le bâton de Moïse le législateur, et qui fit surnaturellement jaillir l'eau comme des fleuves, est le coeur pétrifié par l'endurcissement. Quand Dieu, au lieu d'un bâton, frappe opportunément de ses paroles un tel coeur et le pénètre de componction (1), la puissance de l'Esprit heureusement suscitée jaillit de ce coeur de manière surnaturelle comme des courants d'eau vivifiante, et accorde en tout une aide immense.
L'Esprit Saint, pourrait-on dire, ce sont des fleuves. Car "celui qui croit en moi, comme dit l'Ecriture, des fleuves d'eau vive couleront de son coeur." (Jn 7,38). Et l'apôtre bien-aimé ajoute qu'il disait cela de l'Esprit que devraient recevoir ceux qui croiraient en Lui. (Jn 7,39). 
La gloire dans les siècles, à Lui qui donne ce qui dépasse l'intelligence."

(1) Componction: douleur d'avoir péché contre Dieu (-> repentance)

CALLISTE LE PATRIARCHE, Chapitre sur la prière, Philocalie des Pères septiques, T. B4, p.649-651



Calliste le Patriarche: on l'identifie souvent comme étant Calliste Xanthopouloi, patriarche de Constantinople à la fin du 15e siècle. Dans son discours, il parle dans la plus grande humilité, comme étant lui-même le dernier des moines alors même qu'il est à la tête de l'Eglise.

mardi 23 juin 2015

Prisonnier de moi-même.

par Pierre Damascène



Oh, que de larmes je voudrais verser quand je m’entrevois moi-même. Car si je ne pèche pas, je ne m’élève dans l’orgueil. Mais si je pèche et puis le voir, je perds courage dans mon indigence et je tombe dans le désespoir. Si je me réfugie dans l’espérance, de nouveau arrive l’orgueil. Si je pleure, je risque la présomption. Si je ne pleure pas, les passions reviennent. Ma vie est une mort. Et dans la crainte du châtiment, la mort est pire. Ma prière devient en moi une tentation et l’inattention me perd. Celui qui a pris sur lui la connaissance s’est couvert de douleur, dit Salomon.

Incertain, hors de moi, je ne sais que faire. Si je connais et ne fais pas, la connaissance me condamne. Hélas, que choisir ? Toutes choses dans mon ignorance me paraissent contraires et je ne puis les rendre semblables. Je ne trouve pas la vertu cachée et la sagesse dans les tentations, car je n’ai pas la patience. Mais à travers les pensées je quitte l’hèsychia (1). Et dans la tentation, à travers mes sens je découvre au-dehors les passions. Si je veux jeûner et veiller, la présomption et le relâchement m’en empêchent. Si je mange et dors sans compter, je tombe malgré moi dans le péché. 

Je suis serré de partout. 
Je fuis par crainte du péché, mais l’acédie (2) me renverse.

Je vois pourtant que dans ces combats et ces tentations beaucoup reçoivent les couronnes. Car leur foi est sûre. Elle leur a donné la crainte de Dieu, et par elle ils ont mené à bien l’œuvre des autres vertus. Si moi aussi j’avais la foi comme eux je trouverais la crainte. Le prophète l’a dit, c’est par la crainte qu’ils ont reçu la piété et la connaissance, d’où et le conseil, la compréhension et la sagesse de l’Esprit viennent à ceux qui demeurent en Dieu dans l’absence de soucis et la méditation patiente des divines Ecritures, laquelle rends semblables tout ce qui est en-haut et tout ce qui est en-bas. Si celle-ci ne naît pas de la foi dans l’âme, il est impossible de jamais avoir aucune vertu. « Dans votre patience vous sauverez vos âmes », dit le Seigneur qui forme le cœur de chacun des hommes, comme chante le Psalmiste. Il signifie par là que le cœur de chacun, c’est-à-dire l’intelligence (3), est formé à travers la patience dans les tribulations.

On ne doit donc jamais rejeter la crainte, tant qu’on na pas atteint le port de l’amour parfait, tant qu’on n’est pas hors du monde, hors du corps.  Mais la grande foi dégage l’intelligence du souci de la vie et de la mort du corps. Il parvient à la crainte pure, la crainte d’amour, dont parle le grand Athanase aux parfaits : 

« Ne crains pas Dieu comme un maître tout-puissant, mais crains-le en raison de son amour. »


Crains non seulement de pécher, mais d’être aimé et de ne pas aimer toi-même, et d’être indigne du bien que tu reçois. Dès lors c’est la crainte de ce bien qui porte l’âme à aimer, à devenir digne des bienfaits qu’on reçoit et qu’on recevra, dans sa reconnaissance envers le Bienfaiteur. Et de la crainte pure de l’amour, on parvient à l’humilité surnaturelle.

DAMASCENE Pierre, Deuxième Livre, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, T. B1, p. 155-157


(1) Hèsychia: tranquillité, repos, paix, impassibilité de l'âme .
(2) Acédie: état de paresse et de négligence intérieure, abandon de la prière, lassitude.
(3) Intelligence: non seulement l'intelligence cognitive mais aussi l'intelligence du coeur. L'intelligence est la double faculté de penser le monde et de contempler Dieu.


vendredi 24 avril 2015

Priez sans cesse ! Oui mais pourquoi ?

par Abba Philémon (~VIIe s.)

Priez continuellement (1 Thess. 5,17).
Sois donc rigoureusement attentif et garde ton coeur pour qu'il n'accueille pas de pensées mauvaises ou n'importe quelles pensées vaines et inutiles. Mais à tout moment, que tu sois couché ou levé, quand tu manges et bois, quand tu rencontres quelqu'un, que secrètement ton coeur, en sa réflexion, tantôt médite les psaumes, tantôt dise la prière: "Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi".
De même, quand tu chantes à haute voix, sois attentif à ne pas dire des paroles avec ta bouche tout en laissant errer ailleurs tes pensées. (p. 607)

En effet, grâce à la prière continuelle et à la méditation des divines Ecritures, les yeux de l'intelligence de l'âme s'ouvrent et voient le Seigneur des puissances, une grande joie et un désir violent s'emparent de l'âme embrasée, et quand la chair aussi est emportée par l'Esprit, l'homme devient tout entier spirituel. (p. 605-607)

Il faut prier continuellement, pour qu'aucune autre pensée ne vienne nous séparer de Dieu et ne prenne Sa place dans notre intelligence. Car le coeur pur qui, tout entier, contient l'Esprit Saint voit en tout pureté comme dans un miroir, Dieu tout entier. (p. 612)


lundi 23 mars 2015

Le combat spirituel, part. II

par Hésychius de Batos


"De la suggestion naissent de nombreuses pensées, et de celles-ci la mauvaise action sensible. Mais celui qui, avec Jésus, éteint aussitôt la première échappe à la suite et s'enrichira de la douce connaissance divine par laquelle il trouvera Dieu qui est partout présent. Tenant devant Dieu le miroir de l'intelligence, il est continuellement illuminé, à l'image du cristal pur et du soleil sensible. Alors parvenue à la cime ultime des désirs, l'intelligence se reposera en Lui de toute autre contemplation." (p. 205)

"Aussi souvent qu'il arrive aux mauvaises pensées de se multiplier en nous, jetons au milieu d'elles l'invocation de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous les verrons alors s'évanouir aussitôt comme fumée dans l'air, ainsi que nous l'a enseigné l'expérience. Et l'intelligence enfin seule, reprenons enfin l'attention continuelle et l'invocation. Aussi souvent que la tentation nous donne de souffrir cela, agissons ainsi." (p. 206)

"Car lorsque que [le feu divin] entre en nous, il chasse aussitôt du coeur les mauvais esprits du mal, et il nous pardonne les péchés passés. Alors l'intelligence est délivrée du trouble des mauvaises pensées." (p. 207)

"La pureté du coeur, c'est-à-dire la garde et la surveillance de l'intelligence, dont le signe est le Nouveau Testament, retranche du coeur toutes les passions et tout le mal jusqu'à la racine et elle met à leur place la joie, la confiance, la componction, le deuil, les larmes, la connaissance de nous-même et de nos péchés, le souvenir de la mort, la vraie humilité, un amour sans borne pour Dieu et pour les hommes." (p. 209)

"La prière de Jésus jointe à la sobriété et à la vigilance efface naturellement des profondeurs de la réflexion du coeur les pensées qui, quand bien même nous ne le voulons pas, y sont plantées et y demeurent." (p. 212) 

"Mais si nous nous confions seulement dans notre sobriété et notre vigilance, ou dans notre attention, nous serons vite bousculés par les ennemis, nous serons renversés et nous tomberons. [...] Car nous n'aurons pas la lance puissante: le nom de Jésus-Christ. Seul ce vénérable glaive tournant constamment dans un coeur simple sait les envelopper, les couper, les brûler, les réduire à rien comme le feu consume la paille." (p. 215)

Extraits tirés de: Hésychius de Batos, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, Tome A.2


Pour en savoir plus sur Hésychius de Batos, voir cet article

dimanche 22 mars 2015

Le combat spirituel, part. I

par Hésychius de Batos

"Celui qui mène le combat intérieur doit à chaque instant avoir ces quatre choses: l'humilité, une attention extrême, la réfutation et la prière.
L'humilité, parce que le combat l'oppose aux démons orgueilleux, afin d'avoir l'aide du Christ à la portée de son coeur ; car le Seigneur hait les orgueilleux.
L'attention, afin de garder toujours son coeur pur de toute pensée, combien même elle paraîtrait bonne.
La réfutation, afin de contester tout de suite le Malin avec colère, dès qu'on l'a vu venir. Il est dit: "Je répondrai à ceux qui m'outragent. Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu ?"(Ps 61,2)
Enfin la prière, afin de crier vers le Christ en un "gémissement ineffable", aussitôt après la réfutation.
Alors celui qui combat verra l'ennemi se dissiper avec l'apparition de Son image, comme poussière au vent ou fumée qui s'évanouit, chassé par le nom adorable de Jésus." (p. 195)

"Mais l'intelligence ne peut vaincre à elle seule l'imagination démoniaque. Qu'elle n'ait jamais cette audace. Car fourbes comme ils sont, les démons feignent d'être vaincus, puis ils font trébucher par la vaine gloire. Mais devant l'invocation de Jésus-Christ, ils ne résistent pas et ne peuvent ni tenir, ni te tromper, fût-ce un moment." (p. 198)

"Vient premièrement la suggestion.
Deuxièmement la liaison, c'est-à-dire que se mêlent nos pensées et celles des démons mauvais.
Troisièmement, le consentement, touchant ce qui doit se faire entre les deux pensées qui veulent le mal.
Quatrièmement vient l'acte sensible, c'est à dire le péché. Si donc l'intelligence est attentive, sobre et vigilante, et si, par la contestation et l'invocation du Seigneur Jésus elle met en fuite la suggestion dès qu'elle jaillit, les choses en restent là." (p. 199)

Extraits tirés de: Hésychius de Batos, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, Tome A.2



Ces propos sont rattachés par la tradition à Hésychius de Jérusalem, prêtre du Ve siècle, même si l'on considère plutôt qu'ils sont à dater du VII ou VIIIe siècle, de la plume d'un higoumène du monastère du Buisson ardent dans le Sinaï (monastère Ste Catherine); "batos" signifie justement "buisson".
La méthode proposée comprend trois modes d'ascèse qui s'engendrent mutuellement:
- La νεπσις (nepsis) : sobriété et vigilance
- La ἡσυχια (hèsychia): silence et repos de l'âme
- La prière de Jésus: invocation du nom de Jésus ("Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur").

jeudi 19 mars 2015

La lutte contre les passions selon Abba Philémon

Abba Philémon: anachorète du désert d'Egypte. Le présent texte est fait des propos recueillis par ses disciples et mis par écrit sans doute au VIIe siècle.

- Père, que dois-je faire pour être sauvé ? Car je vois mon intelligence tourner et errer ça et là, où il ne faut pas.
- [Abba Philémon] attendit un peu, et répondit: Cette passion est celle des hommes du monde. Elle persiste parce que tu n'as pas encore un désir parfait de Dieu. La chaleur du désir et de la connaissance de Dieu n'est pas encore entrée en toi. (p. 607)

Priez continuellement ! Sois donc rigoureusement attentif et garde ton coeur pour qu'il n'accueille pas de pensées mauvaises ou n'importe quelles pensées vaines et inutiles. Mais à tout moment, que tu sois couché ou levé, quand tu manges et bois, quand tu rencontres quelqu'un, que secrètement ton coeur, en sa réflexion, tantôt médite les psaumes, tantôt dise la prière: "Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, ait pitié de moi." De même, quand tu chantes à haute voix, sois attentif à ne pas dire des paroles avec ta bouche tout en laissant errer ailleurs tes pensées. (p. 607)

Jamais [Abba Philémon] ne s'attachait à écouter des propos insignifiants. Si quelqu'un, par inattention, lui parlait d'une chose qui ne visait pas le bien de l'âme, il ne répondait pas du tout. […]
Il désirait absolument le meilleur, au point qu'on le voyait toujours transformé par l'Esprit divin, poussant des soupirs ineffables, tourné vers lui-même, se pesant lui-même et luttant pour que ce qui entrait en lui ne trouble pas la pureté de sa réflexion et que, à son insu, ne s'attache pas à lui quelque dommage. (p. 611-612)


Abba Philémon, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, Tome A.3.



vendredi 13 mars 2015

La Sola scriptura de Pierre Damascène

"Quiconque cherche le but de l'Ecriture ne doit jamais lui donner sa propre interprétation, ni en bien ni en mal. Mais, comme disent le grand Basile et Jean Chrysostome, il a pour maître la divine Ecriture elle-même, et non les enseignements du monde. [...] Mais la recherche et la pensée sont volonté propre et science corporelle, surtout si l'on force l'Ecriture comme un voleur pour en dégager une allégorie, comme dit Jean Chrysostome. Alors on n'entre pas par la porte de l'humilité, mais on vient d'ailleurs. Car celui qui force le but de l'Ecriture ou y trouve à redire pour poser sa propre connaissance, ou plutôt son ignorance, il n'y a pas plus insensé que lui sur la terre." 

Pierre Damascène, Livre Premier, Philocalie, Tome B.1, p.63)