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"Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu'ils te rendent grâce tous ensemble !" (Psaume 67)

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mercredi 17 août 2016

L'amour... le vrai !

par Maxime le Confesseur


Celui qui voit dans son coeur une trace de haine envers un homme quel qu'il soit, pour une offense quelle qu'elle soit, est tout à fait étranger à l'amour de Dieu. Car l'amour de Dieu ne supporte pas la haine de l'homme. Celui qui aime Dieu aime aussi totalement son prochain. Un tel homme ne saurait garder ce qu'il a, mais il le dispense comme Dieu, donnant à chacun ce dont il a besoin.

Il n'a pas encore l'amour parfait celui qui est encore affecté par les caractères des hommes, qui, par exemple, aime l'un et déteste l'autre, ou qui tantôt aime, tantôt déteste le même homme.
L'amour parfait ne déchire pas l'unique et même nature des hommes parce que ceux-ci ont des caractères différents mais, visant toujours cette nature, il aime tout les hommes également. Il aime les vertueux comme des amis, et les dépravés comme des ennemis, leur faisant du bien, les supportant avec patience, allant même jusqu'à souffrir pour eux, ne considérant pas du tout la malice, allant même jusqu'à souffrir pour eux si l'occasion lui en est donnée. Ainsi fera-t-il d'un des amis, si c'est possible. Sinon, il ne déchoit pas lui-même de son ordre: il montre toujours ses fruits à tous les hommes également. Notre Seigneur et Dieu Jésus Christ, montrant l'amour qu'il nous porte, à souffert pour l'humanité entière et a donné l'espérance de la résurrection à tous également, même si chacun, par ses oeuvres, appelle sur lui la gloire ou le châtiment.

C'est pour cinq raisons que, de manière louable ou de manière blâmable, les hommes s'aimes les uns les autres:

  • ou bien par amour de Dieu, comme l'homme vertueux aime tous les hommes, et comme celui qui n'est pas encore vertueux aime uniquement l'homme vertueux.
  • ou bien par nature, comme les parents aiment leurs enfants, et réciproquement.
  • ou bien par vaine gloire, comme celui qui s'est glorifié aime celui qui le glorifie.
  • ou bien par amour de l'argent, comme celui qui le reçoit de lui aime le riche.
  • ou bien par amour du plaisir, comme celui qui prend soin de son ventre et des choses du bas-ventre.
La première raison est louable. La seconde est médiocre. Les autres sont marquées par la passion.


Si tu détestes tels hommes, si tu n'as pour tels autres ni amour ni haine, si tu aimes-ceux-ci mais modérément, et si tu aimes ceux-là très fort, à cette inégalité, sache que tu es encore loin de l'amour parfait, qui se propose d'aimer tous les hommes également.


MAXIME LE CONFESSEUR, Centuries sur l'amour, Philocalie des Pères neptiques, Bellefontaine, T. A3, p. 374-384.


Pour des informations biographiques sur Maxime le Confesseur, cliquez ici...

lundi 25 janvier 2016

"Va te réconcilier avec ton frère" (Mt 5,24)

par Maxime le Confesseur


Veille sur toi-même. Prends garde que le mal qui te sépare de ton frère ne se découvre un jour non pas en ton frère, mais en toi. Hâte-toi de te réconcilier avec lui, afin de ne pas déchoir du commandement de l’amour.
Ne méprise pas le commandement de l'amour. C'est par lui que tu seras fils de Dieu. Mais si tu le transgresse, tu te retrouveras fils de la géhenne. [...]

Es-tu en train de connaître l’épreuve du fait de ton frère, et la tristesse est-elle entrain de te mener à la haine ? Ne te laisse pas vaincre par la haine, mais sois vainqueur de la haine par l’amour.
Voici comment tu vaincras : en priant sincèrement Dieu pour lui, en acceptant qu’on l’excuse, ou même en te faisant toi-même son défenseur, en considérant que tu es toi-même responsable de ton épreuve, et en la supportant avec patience jusqu’à ce que le nuage soit passé. [...]

Le frère dont tu considérais hier qu’il était spirituel et vertueux, ne le juge pas faux et méchant à cause de l’aversion d’aujourd’hui, car cette aversion t’est inspirée par la calomnie du Malin.
Rejette donc de ton âme cette aversion ; rejette-la par l’amour patient, en pensant au bien que ton frère, hier, t’a procuré.

Celui dont, hier, tu louais la bonté et glorifiais la vertu, ne dis pas du mal de lui aujourd’hui, en considérant qu’il est faux et méchant parce qu’en toi, l’amour s’est changé en aversion. Ne blâme pas ton frère pour justifier la haine mauvaise qui est en toi. Mais continue de le louer, quand bien même t’accablerait la tristesse, et tu reviendras aisément à cet amour salutaire.

En mêlant inconsciemment le blâme à tes paroles quand tu parles à d’autres frères, n’altère pas les éloges qu’on adresse habituellement à ton  frère, à cause de la peine qu’il t’a faite et qui est encore en toi. Mais dans les conversations, loue-le en toute pureté, prie sincèrement pour lui comme pour toi-même, et tu seras très vite délivré de la dangereuse aversion. [...]

Si d’aventure un frère, parce qu’il est tenté, persiste à dire du mal de toi, ne te laisse pas emporter hors de l’état d’amour, quand le démon lui-même te trouble en pensée. Ainsi tu ne seras pas emporté si, injurié, tu bénis et si, diffamé, tu demeures bienveillant.
Telle est la voie qui donne d’aimer la sagesse, selon le Christ. Ce lui qui ne la suit pas ne demeure pas en lui.

Examine ta conscience avec le plus grand soin, pour savoir si tu n’es pas responsable de ce que ton frère ne soit pas réconcilié. Et n’essaie pas de tromper ta conscience, car elle connaît tes secrets ; elle t’accusera à l’heure de la mort, et au moment de la prière, elle sera pour toi un obstacle. [...]

Celui qui nourrit de la haine contre un homme ne peut pas être en paix avec Dieu, lui qui as dit : « Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs fautes, votre Père céleste non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » (Mat 6,14).
Si donc ton frère ne veut pas faire la paix, toi, du moins, garde-toi de le haïr et prie sincèrement pour lui, sans dire à personne du mal de lui.

Si tu as décidé de vivre avec des frères spirituels, laisse tes volontés à la porte. Autrement tu ne pourras pas être en paix avec Dieu, ni avec ceux qui vivent près de toi.
Ne consens pas à perdre l’amour spirituel, car nulle autre voie de salut n’a été donnée aux hommes.

Lorsque dans ta pensée, tu n’auras ni parole, ni acte honteux, lorsque tu ne garderas par rancune envers qui t’a fait du tort ou dit du mal de toi, lorsqu’au moment de la prière, tu auras l’esprit sans distraction, alors tu sauras que tu as atteint la pleine mesure de la liberté intérieure et de l’amour parfait.

Heureux l’homme capable t’aimer tous les hommes également ! Heureux l’esprit qui a dépassé les créatures et qui jouit sans cesse de l’amour de Dieu.


MAXIME LE CONFESSEUR, Centuries sur l'amour, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, tome A3, p. 411ss.) Extraits présentés dans Daniel Bourguet, L'Evangile de Matthieu médité par les Pères.


Maxime le Confesseur (580- † 662): Il nait vraisemblablement dans une famille noble, il revient Premier secrétaire de l'Empereur Héraclius I. Il devient moine en 613 dans un monastère près de Cyzique avant de devoir fuir à Carthage devant l'avancée des Perses. Il est l'inspirateur du  Concile du Latran qui condamna le monothélisme. Mais Constance II fit destituer le pape Martin et arrêter Maxime qui furent envoyés à Constantinople pour être jugés. Le Patriarche Pierre (un monophysite) fit condamner Maxime à l'exil. Il fut torturé et mutilé, on lui coupa la langue ainsi que la main droite.
Son oeuvre est considérable, sa production théologique systématise les grandes lignes théologiques des Pères. On lui doit notamment les Questions à Thalassios, les Centuries sur l'amour qui sont dans la Philocalie, les Ambigua, la Mystagogie, ainsi que de nombreuses lettres. Il est commémoré le 21 janvier par les Orientaux et le 13 août par les Latins.

vendredi 8 mai 2015

Lire une icône (I) : la symbolique du corps humain

L'icône ne cherche pas à présenter l'homme dans sa réalité physiologique, par le détail réaliste de chaque membre de son corps comme l'ont fait les peintres de la Renaissance. Le but visé par l'icône n'est pas le réalisme physique, mais le réalisme théologique. La représentation des corps laisse d'ailleurs de côté les détails inhérents à l'âge ou à la race. Comme le relève le Père Michel Quenot (p. 35): "Le saint défunt fortement âgé n'est ainsi pas représenté comme un vieillard croulant mais avec les marques de la maturité spirituelle."
De même, l'icône dans sa représentation  des visages présente l'homme théologiquement parfait (et non pas aux proportions parfaites, ni encore dans la sensualité débridée de certaines oeuvres du XIVe). C'est l'homme déifié qui est peint dans l'icône, l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu. D'ailleurs bien souvent les saints ont des traits relativement proches de ceux du Christ ; l'Homme-Dieu par excellence, qui permet et ouvre la déification à l'humanité.

Icône du Christ Pentocrator

Les yeux

Ils sont souvent grands, largement ouverts. Se tenant devant l'icône, ce n'est pas tant moi qui la regarde que moi qui suis regardé par elle. Les yeux de l'icône, "inexpressifs" au premier abord sont souvent comme un miroir pour celui qui regarde l'icône lui révélant ainsi beaucoup sur lui-même. Plutôt qu'inexpressifs, je dirais donc qu'ils sont entièrement tournés et plongés dans la contemplation de Dieu, d'où leur impassibilité paisible.

Les oreilles

Elles sont discrètes, souvent cachées par les cheveux. Elle sont comme repliées vers l'intérieur, n'écoutant plus tant les bruits de ce monde qui passe, mais restant concentrées sur la Parole de Dieu qui a établi sa demeure dans le coeur. C'est pourquoi les oreilles sont comme tournées vers le coeur.

La bouche

L'humanité a chuté parce que "l'arbre semblait bon à manger" (Gn 3,6). Par la bouche de l'homme, le péché est entré dans le monde. La bouche est le symbole de l'amour du plaisir, des biens matériels qu'on cherche à dévorer inlassablement et insatiablement pour combler le vide intérieur. Dans l'icône en revanche, la bouche est très fine, "réduite à l'extrême" comme le relève Michel Quenot (p. 29). La bouche dans l'icône est dépourvue de toute sensualité.
Neutre, elle n'esquisse ni sourire ni expression particulière ; c'est signe de la paix intérieure parfaite.
Détail d'une icône de la Vierge: un nez fin, une bouche très fine,
de petites oreilles et des yeux grands ouverts.

Le nez

Les mentions de l'odeur ne sont pas rares dans la Bible (qu'il s'agisse d'odeurs douces ou nauséabondes.) Le nez de l'homme déifié est appelé à respirer "la bonne odeur du Christ" (2 Corinthiens 2,15) pour que l'être entier exhale cette bonne odeur ; c'est cela la fameuse odeur de sainteté. Dans l'icône le nez est fin, il ne se laisse plus séduire par la suavité des odeurs du monde, mais respire uniquement par le Souffle de l'Esprit Saint.



Les joues, le front, le menton et la barbe

Les joues apparaissent souvent creusées et burinées par les jeûnes et les veilles, révélant ainsi l'ascèse constante et dure de certains saints.
Saint Jean Baptiste: traits marqués par l'ascèse


Le front apparait parfois large et important, cela pour signifier l'intelligence et la grande sagesse qui y réside.
Maxime le Confesseur: un large front qui renferme une grande sagesse


Le menton des hommes est caché par une barbe fournie, tressée ou encore hirsute qui révèle la fonction de la personne : la barbe varie selon que l'on est évêque ou ermite.
Saint Pierre et Saint Paul: deux exemples de barbes différentes


Les cheveux

Il forment souvent (en particulier pour le Christ et pour sa Mère) une couronne autour du visage. Le personnage représenté est parfois chauve (comme Maxime le Confesseur), ou encore tressé comme c'est le cas dans la chevelure des anges. Les coiffures sont multiples mais révèlent toujours un aspect ou un trait de la vie du personnage. Comme tout élément de l'icône, les chevelure délivre un message sur son porteur. 
Saint Michel: archange aux cheveux tressés

Les mains et les pieds

Ce qui frappe au premier abord, c'est la taille des mains et des pieds, mais aussi leur finesse.
Mains fines, longs doigts plein de noblesse dans les icône russes, les icônes grecques en revanche tendent plutôt à présenter des doigts aux articulations saillantes qui "rayonnent la lumière et dégagent un énergie insoupçonnée" (M.Quenot, p.33).
Les pieds révèlent parfois le niveau social de la personne, selon qu'il va pieds nus ou qu'il porte des sandales. La "lumière" (hachures d'or) montrent la sainteté: on en trouve souvent dans les mains et les pieds.

Détail des mains du Baptiste

L.Papaux



Source: QUENOT Michel, Les clefs de l'icône: son langage symbolique, St.Maurice (Suisse), Saint-Augustin, 2009, p. 21-35