Bienvenue !

"Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu'ils te rendent grâce tous ensemble !" (Psaume 67)

vendredi 12 août 2016

Heureux les pauvres en esprit...

par Daniel Bourguet


Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux.  (Mat 5,3)


"Il existe une cupidité au niveau des biens matériels. Mais il y a une maladie plus pernicieuse, une cupidité plus subtile dont il nous faut parler, car elle nous menace tout particulièrement: c'est la cupidité au niveau des biens spirituels.

On peut être cupide de biens spirituels, cupide de charismes, cupide de richesses spirituelles. Nous sommes malades de cette cupidité-là chaque fois que nous oublions que les charismes ne nous appartiennent pas, qu'ils sont de Dieu et qu'ils sont à partager, chaque fois que nous oublions de rendre grâce pour ces dons, chaque fois que nous désirons plus pour notre satisfaction.
Pour cette cupidité-là le remède est le même que pour la cupidité matérielle: c'est aussi le dépouillement, mais le dépouillement de biens spirituels cette fois ; c'est le dépouillement par goût de Dieu.

La cupidité spirituelle et le goût des cadeaux de Dieu. Pour s'en guérir, il est nécessaire de remplacer ce goût des cadeaux de Dieu par le goût de Dieu seul. Nous aimons Dieu bien souvent parce qu'il va nous donner quelque chose ! Un tel amour est malade de cupidité. 

L'amour de Dieu est sain quand il aime Dieu sans ses cadeaux, et qu'il parvient donc à aimer Dieu dans sa pauvreté, un Dieu qui ne donne rien d'autre que sa présence, sans charismes, sans visions, sans extases, sans miracles, sans tout ces dons spirituels dont il nous gratifie. Le goût d'un Dieu dépouillé ! Un tel Dieu existe en Christ: ce Dieu dépouillé c'est le Crucifié."

BOURGUET (D.), Les Béatitudes, Olivétan, 2007, p. 43-44.



Daniel Bourguet est pasteur, anciennement professeur d'Ancien Testament. Il a été le Prieur de la Fraternité spirituelle des Veilleurs. En savoir plus en cliquant ici...

mercredi 10 août 2016

Méditations olympiques


Période de Jeux Olympiques: l'occasion de proposer quelques citations bibliques et patristiques en lien avec le sport. 


"Ce n'est pas que j'aie déjà remporté le prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus-Christ. Frères, je ne pense pas l'avoir saisi; mais je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ." (Apôtre Paul, Philippiens 3, 12-14)




"Tout lutteur s'impose toute espèce d'abstinences; eux pour recevoir une couronne corruptible, nous, pour une couronne incorruptible. Moi donc, je cours, mais non pas à l'aventure; je donne des coups de poing, mais non pour battre l'air. Au contraire, je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur, après avoir prêché aux autres, d'être moi-même disqualifié." (Apôtre Paul, 1 Cor 9, 24-27)




"Si les rameurs de la crainte ne dirigent pas le navire du repentir, par lequel nous voguons sur les eaux de ce monde pour aller vers Dieu, nous sombrons dans l'eau nauséabonde. Le repentir est le navire. La crainte le pilote. L'amour, le port divin. Quand nous atteignons l'amour, nous sommes parvenus à Dieu. Nous avons achevé notre course." (Isaac le Syrien, Calliste et Ignace Xanthopouloi, Philocalie, Centurie spirituelle, 79-80.)



"Si l'on est vaincu après avoir vaillamment lutté, qu'on ne se décourage absolument pas, qu'on ne renonce pas, mais qu'on se redresse, qu'on reprenne confiance. [...] Dieu relève ceux qui sont renversés et qui est toujours prêt à briser nos ennemis dès que nous nous repentons." (Jean Carpathios, Philocalie, 29, p. 319)





"Si nous nous confions seulement dans notre sobriété et notre vigilance, ou dans notre attention, nous serons vites bousculés par les ennemis, nous serons renversés et nous tomberons. [...] Car nous n'aurons pas la lance puissante: le nom de Jésus-Christ. Seul ce vénérable glaive tournant constamment dans le coeur simple sait les envelopper, les couper, les réduire à rien." (Hésychius de Batos, Philocalie, p. 215)



"Ô mon enfant, il te faut maintenant apprendre en son temps, avant les autres choses et avec les autres choses, ceci: De même que celui qui veut apprendre à bien tirer à l'arc ne tend pas l'arc sans avoir une cible, de même celui qui veut apprendre à vivre l'hésychia doit avoir pour cible d'être toujours un coeur doux. [...] Tu y parviendras aisément, si tu fais tout converger vers l'amour et y portes ton âme, te taisant le plus souvent, te nourrissant modérément et priant toujours." (Calliste et Ignace Xanthopouloi, Philocalie, Centurie spirituelle, 77-78.) 



Pour les plus endurants d'entre vous, poursuivez avec l'article de mon ami Philippe sur le Marathon du Chrétien. 

mercredi 8 juin 2016

Le gros mot: "Périchorèse"

Périchorèse

Non, la périchorèse n'est pas une région située autour de la Corrèze connue pour sa flognarde (et son président), comme son nom aurait pu le laisser croire.
Périchorèse est un terme théologique que l'on retrouve chez plusieurs Pères de l'Eglise, notamment chez Jean Damascène.

Le terme vient du grec (περι χωρεω), et appartient initialement au vocabulaire de la danse. Il veut dire "faire de la place à l'autre". Concrètement cela désigne une danse où chaque danseur se retire, s'esquive pour laisser de la place à l'autre, où chacun se recule pour laisser à l'autre d'occuper l'espace.

En théologie, ce terme a été repris pour désigner (entre autres) la relation entre les 3 personnes de la Trinité (Père-Fils-Esprit). La relation d'amour au sein de la Trinité ressemble donc à une danse où chacun s'efface pour laisser l'honneur à l'autre.
Le Père met en avant le Fils, qui laisse la place à l'Esprit qui, quant à lui ne fait rien d'autre que de nous ramener au Père par le Fils. Ca donne le tournis ?

"-Après toi ! - Je n'en ferai rien. -Non, je t'en prie..."


Et l'homme la dedans ? Il est également invité à se joindre à la danse, à entrer dans la périchorèse divine. Au-delà d'une invitation, c'est même sa vocation première selon les Pères. Adam déjà était appelé à cela, et les choses n'ont pas changé depuis. Et ce malgré la chute... (ça arrive parfois en danse).
Alors que notre nature corrompue, le péché et la mort nous tenaient relégués sur le banc et exclus de la piste, Jésus par son incarnation, sa mort et sa résurrection a fait tomber ces obstacles et rend à nouveau la danse possible pour l'humanité.
Nous aussi nous voilà appelés à entrer dans cette danse trinitaire.  Il suffit de se laisser conduire.

Te laisseras-tu conduire pour entrer dans la danse ?


jeudi 26 mai 2016

Dieu appelle notre résolution sans retour

par Frère Roger

Dans l'Evangile, Jésus t'assure que, par ton inquiétude, tu ne peux rien. (Luc 12, 25-26) A toi de consentir à tes propres  limites, à tes fragilités.
Pourquoi t'attarder à ce qui te fait mal, et en toi-même, et dans les autres ?
Tu connais la parole d'un des premiers témoins du Christ: "Si notre coeur venait à nous condamner, Dieu est plus grand que notre coeur." (1 Jean 3, 20).
Jésus le Christ ne t'invite pas au repliement sur toi, mais bien à une humble repentance du coeur. Et que signifie-t-elle ? Elle est cet élan de confiance par lequel tu jettes en lui tes fautes. Et te voilà dégagé, et même libéré pour vivre intensément le moment présent, jamais découragé parce que toujours pardonné. Peut-être te dis-tu: "Ce n'est pas possible" ? Le Christ t'offre toujours à nouveau sa compassion. Et tu saisiras que, même éprouvée, ta vie est tissée par les fils de son pardon.

"Sauveur de toute vie, les jours passaient et je ne te répondais pas. J'allais jusqu'à me demander: ai-je vraiment besoin de Dieu ? Des murailles d'hésitation et de doutes s'étaient dressées, me faisant dériver loin de toi. Toi, Jésus le Christ, Présence mystérieuse, tu m'attendais et me cherchais. Au fond de mes contradictions et même de mes révoltes intérieures, j'ai perçu cette clarté d'Evangile: ton amour n'est pas un mot vide, il est ta continuelle présence, il est ton pardon, ta compassion.
Par le Saint Esprit, toi le Ressuscité, tu vivais en moi et tu ne m'avais jamais quitté."

Quand le Christ te demande: "Pour toi qui suis-je? " Lui répondrais-tu: " Jésus le Christ, tu es celui qui m'aimes jusque dans la vie d'éternité. Tu m'ouvre la voie du risque. Tu attends de moi non pas quelques miettes mais tout ma vie.
Tu es celui qui, de joue et de nuit, pries en moi. Mes balbutiements sont prières: t'appeler par le seul Nom de Jésus emplit les vides de mon coeur.
Tu es celui qui, chaque matin, passes à mon doigt l'anneau du fils prodigue, anneau de fête. (Luc 15, 22-24).

Et moi, ai-je échangé le rayonnement de Dieu contre une tiédeur, aurais-je abandonné la source d'eau vive pour me creuser des citernes lézardées qui ne tiennent pas l'eau ?
Toi le Christ, inlassablement tu me cherchais. Pourquoi ai-je hésité, demandant qu'il me soit laissé du temps pour m'occuper de mes affaires ? Après avoir mis la main à la charrue, pourquoi ai-je regardé en arrière ? (Luc 9, 62).
Pourtant sans t'avoir vu, je t'aimais, peut-être pas comme je l'aurais voulu, mais je t'aimais.
Jésus le Christ, tu me suggérais: vis le très peu tu as compris de l'Evangile, sois porteur de ma vie parmi les humains, viens et suis-moi.
Et, un jour, revenant à la source, je l'ai saisi: tu appelais ma résolution sans retour.


Extraits de: FRERE ROGER, "Les sources de Taizé", in Les écrits fondateurs: Dieu nous veut heureux, Ateliers et Presses de Taizé, 2011.

Plus de détails sur la vie de Frère Roger en cliquant ici...

lundi 23 mai 2016

Dieu n'est pas l'auteur du mal

par Frère Roger



Certains s'interrogent: si Dieu existait, il ne permettrait pas les guerres, l'injustice, la maladie, l'oppression, ne serait-ce que d'un seul sur la terre; si Dieu existait, il empêcherait l'être humain de faire le mal.

Voici bientôt trois millénaires, le prophète Elie va un jour au désert pour écouter Dieu. Un ouragan se déchaine, ensuite un tremblement de terre, et un feu violent. Mais Elie comprend que Dieu n'est pas dans ces déchainements de la nature. Puis tout entre dans le calme, Elie entend Dieu comme dans le murmure d'une brise légère (1 Rois 19, 9-13).  Et lui apparait cette réalité saisissante: souvent la voix de Dieu se transmet dans un souffle de silence.

Pour l'une des premières fois dans l'histoire est écrite une intuition aussi limpide: Dieu ne terrorise personne. Dieu n'est jamais l'auteur du mal, des séismes naturels, de la guerre, des malheurs terrestres. Ni la souffrance, ni la détresse humaines ne sont voulues par Dieu.

Dieu ne s'impose pas. Il nous laisses libres d'aimer ou de ne pas aimer, de pardonner ou de rejeter le pardon. Mais Dieu n'assiste jamais passivement à la peine des êtres humaines, il souffre avec l'innocent, victime de l'incompréhensible épreuve, il souffre avec chacun. Il y a une douleur de Dieu, une souffrance du Christ.

Jésus le Christ, aurions-nous la foi jusqu'à transporter les montagnes, sans la vivante charité, que serions-nous ? Toi, tu nous aimes.
Sans ton Esprit qui habite en nos coeurs, que serions-nous ? Toi, tu nous aimes.
En prenant tout sur tout, tu nous ouvres un chemin vers la confiance en Dieu, lui qui ne veut ni la souffrance ni la détresse humaines.
Esprit du Christ ressuscité, Esprit de compassion. Esprit de la louange, ton amour pour chacun de nous ne s'en ira jamais. Amen !

Extraits de: FRERE ROGER, "Les sources de Taizé", in Les écrits fondateurs: Dieu nous veut heureux, Ateliers et Presses de Taizé, 2011.


Plus de détails sur la vie de Frère Roger en cliquant ici...



"Il est parmi nous celui que nous ne connaissons pas." (Jean 1,26)

par Frère Roger de Taizé



Où que tu sois sur la terre, toi qui voudrais percevoir le mystère qui est au coeur de ton coeur, pressens-tu en toi, même fugitive, la silencieuse attente d'une présence ?
Cette simple attente, ce simple désir de Dieu est déjà le commencement de la foi. [...]
Ce que Dieu te demande, c'est de t'abandonner au Christ dans la confiance et d'accueillir son amour.
Reprendras-tu élan, entraîné par Celui qui, sans jamais s'imposer, paisiblement t'accompagne ? Lui, le Ressuscité, se tient en toit, et en avant de toi sur le chemin.
Brûlure au coeur de l'homme, lumière dans l'obscurité, il t'aime comme son unique, pour toi il a donné sa vie, là est son secret.

Dieu est Esprit et sa présence demeure invisible. Le Christ, sans éclat, laisse Dieu transparaitre.
Passage inattendu de l'amour de Dieu, l'Esprit Saint traverse chaque être humain comme un éclair dans la nuit. Par cette mystérieuse présence, le Ressuscité te soutient, il se charge de tout, il prend sur lui jusqu'à la lourde épreuve.

Te laisseras-tu entraîner à créer, par ta vie, le poème d'une amour avec lui ? Sauras-tu l'attendre, lui, le Ressuscité, jusque dans les aridité de cette terre assoiffée de ton corps et de ton esprit ?
Et il suscite en toi une intuition, un élan...

Toi le Ressuscité, tu nous prends avec notre coeur tel qu'il est. Pourquoi attendrions-nous que notre coeur soit changé pour aller à toi ? Toi tu le transfigures.
Avec nos propres épines tu allumes un feu. Et dans nos meurtrissures elles-mêmes tu fais croître une fleur de désert une fleur d'allégresse.

Extraits de: FRERE ROGER, "Les sources de Taizé", in Les écrits fondateurs: Dieu nous veut heureux, Ateliers et Presses de Taizé, 2011, pp. 11-16.




Frère Roger (Roger Schutz) nait en 1915 dans le canton de Vaud. Fils de pasteur, il étudie lui-même la théologie avant de partir en 1940 en Bourgogne où il crée une maison de prière et d'accueil. Il cachera des dizaines de juifs. Une communauté de 7 frères se forme en 1949 ; aujourd'hui la communauté compte plus d'une centaine de frères dont certains à l'étranger. C'est une communauté oecuménique qui cherche le rapprochement entre les chrétiens.
Dès la fin des années 50 des jeunes commencent à se rendre sur la colline de Taizé et leur nombre ne cessa s'augmenter. L'église du village devenue trop petite, une grand église (l'église de la Réconciliation) est construite. Des milliers de jeunes se retrouvent à Taizé, dont les journées sont rythmées par les 3 offices quotidiens.
Frère Roger meurt assassiné en pleine prière du soir par une déséquilibrée le 16 août 2005. Le rayonnement mondial de Taizé est important. Chaque année entre Noël et Nouvel an des dizaines de milliers de jeunes se retrouvent dans une ville européenne pour une grande rencontre.

lundi 4 avril 2016

Une Eglise joyeusement confessante

par le pasteur Paul Bastian (1920-2011)


Je crois que le temps passé par le pasteur les mains jointes est plus important que les doigts qui courent sur l'ordinateur ou la main qui empoigne le téléphone. Un ministère pastoral ne peut continuer, se rajeunir, se rafraîchir que s'il se ressource à ces trois écoles: prière, Bible, les frères et les soeurs. J'ai ainsi préféré échapper à l'Eglise polycopiante pour entrer dans l'Eglise priante et confessante !

Plus que jamais l'Eglise doit annoncer avec force le message d'un Dieu d'amour, de miséricorde, de tendresse, de pardon. Proclamer tout l'Evangile sans complexe et sans peur. Sans peur d'être ridiculisé ou combattu. Car en fait on est plus tellement combattu, on se heurte plutôt à l'indifférence. 
Mais s'enfermer dans des ghettos, ça n'est certainement pas la solution et telle n'est pas la volonté de Dieu pour son Eglise. Alors, je l'ai souvent répété, à côté de l'intégrisme, du fondamentalisme, du fanatisme, l'autre extrême c'est le laxisme, le laisser-aller.
Il existe pourtant un juste milieu: ce que Dieu attend de son Eglise c'est d'être sans complexe, sans peur, une Eglise confessante, avec pour devise: fermeté doctrinale et ouverture du cœur.
La vraie question est donc celle-ci: l'Eglise d'aujourd'hui a-t-elle encore l'audace et la force intérieure d'être une Eglise joyeusement confessante ?

Je ne pense pas que ce sont les structures qui sauvent l'Eglise, mais les charismes. Et toute la sagesse des responsables d'Eglise consiste à bien discerner, à ne pas enfermer tous les charismes dans le même moule, à laisser s'épanouir chacun selon sa vocation, pour le bien de l'Eglise et le bien commun du pays dans lequel ils exercent.

Extraits du livre: PAUL BASTIAN et BERTRAND DE FÉLICE, Pastorale: dialogue entre deux pasteurs, Cabédita, 2010.