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"Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations. Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu'ils te rendent grâce tous ensemble !" (Psaume 67)

mercredi 30 septembre 2015

Ô toi, petite cloche…

par Daniel Bourguet



La petite cloche des Abeillères, qui nous invite aux temps pour l'essentiel...

"L'office commence avec la sonnerie de la cloche, si l'on peut dire qu'il "commence", car en réalité la louange n'a ni début, ni fin: elle est incessante, comme on le découvre dans la grande liturgie de l'Apocalypse, où le ciel rend à Dieu un culte, bâti autour d'une acclamation que les êtres vivants "ne cessent de dire, jour et nuit: 'Saint, saint, saint est le Seigneur le Tout-Puissant, celui qui était, qui est et qui vient'"(Apo 4,8).
Les trois derniers petits coups de la cloche rentrent dans ce rythme trinitaire qui scande "saint, saint, saint" ou encore "qui était, qui est et qui vient."
Sonner la cloche qui est suspendue entre ciel et terre, c'est inviter le ciel et la terre à se joindre dans une louange commune et éternelle."

"Ô toi, petite cloche, ô toi qui nous appelles
Et nous invites tous aux temps pour l'essentiel,
En rassemblant les voix de la terre et du ciel,
Merci d'être pour nous toujours aussi fidèle.

Le Maître t'a donné une tâche précise
Et tu n'as pas quitté la place où il t'a mise.
Tu chantes à pleine joie, lorsque nous t'agitons
Et puis tu te fais silence, alors que nous prions.

Ô toi petite cloche, ô toi qui sur nous veilles,
Si jamais dans la nuit mon coeur lourd s'ensommeille,
Sonne a coups redoublés dans ton amour pour moi,
Pour que je sois debout lorsque viendra le Roi."

Daniel Bourguet





Daniel Bourguet: pasteur et ermite. En savoir plus cliquez sur cet article.

dimanche 27 septembre 2015

Bienheureuse l'âme qui se sait aimée de Dieu

par Saint Silouane l'Athonite



"Seigneur miséricordieux, que ton amour pour moi, pécheur, est grand ! Tu m’as donné de te connaître ; tu m’as donné de goûter ta grâce. « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon » (Ps 33,9). Tu m’as donné de goûter ta bonté et ta miséricorde, et insatiablement, jour et nuit, mon âme est attirée vers toi. 

L’âme ne peut oublier son Créateur, car l’Esprit divin lui donne les forces d’aimer celui qu’elle aime ; elle ne peut s’en rassasier, mais désire sans trêve son Père céleste.


Bienheureuse l’âme qui aime l’humilité et les larmes, et qui hait les pensées mauvaises.

Bienheureuse l’âme qui aime son frère, car notre frère est notre propre vie.

Bienheureuse l’âme qui aime son frère : elle sent en elle la présence de l’Esprit du Seigneur; il lui donne paix et joie, et elle pleure pour le monde entier.



Mon âme s’est souvenue de l’amour du Seigneur, et mon cœur s’est réchauffé. Mon âme s’est abandonnée à une profonde lamentation, car j’ai tant offensé le Seigneur, mon Créateur bien-aimé. Mais il ne s’est point souvenu de mes péchés ; alors mon âme s’est abandonnée à une lamentation encore plus profonde pour que le Seigneur ait pitié de chaque âme et la prenne dans son Royaume céleste.

 Et mon âme pleure pour le monde entier. Je ne puis me taire sur le peuple que j’aime jusqu’aux larmes. Je ne puis garder le silence, car mon âme souffre continuellement pour le peuple de Dieu, et, avec des larmes, je prie pour lui. Je ne puis, frères, ne pas vous proclamer la miséricorde de Dieu et les ruses de l’Ennemi.
Quarante ans se sont écoulés depuis que la grâce du Saint Esprit m'a appris à aimer les hommes et toute la création ; elle m'a aussi dévoilé les ruses de l'Ennemi qui, par tromperie, accomplit son mal dans le monde. 


Croyez-moi, frères. J'écris devant la Face du Dieu qui, dans sa grande miséricorde, s'est fait connaître à mon âme par le Saint-Esprit. Mais si l'âme ne goûte pas le Saint-Esprit, elle ne peut connaître le Seigneur, ni son amour.
Le Seigneur est bon et miséricordieux; pourtant, si nous n'étions pas instruits par le Saint-Esprit, nous ne pourrions rien dire de son amour, sauf ce qui se trouve dans les Ecritures. Mais toi, frère, ne sois pas troublé si tu ne ressens pas en toi l'amour divin, mais pense au Seigneur; pense qu'Il est miséricordieux, garde-toi des péchés, et la grâce divine t'instruira."

ARCHIMANDRITE SOPHRONYSaint Silouane l'Athonite (1866-1938), Paris, Cerf, 2010, p. 355-356


Pour des éléments biographiques sur Silouane l'Athonite, cliquez ici

vendredi 25 septembre 2015

Silouane l'Athonite: biographie



Né en 1866 en Russie, dans la province de Tambov, Syméon Ivanovitch Antonov (Семен Антонов) mène une enfance et une jeunesse comme tous les autres enfants de paysans russes de cette époque. Sa famille est modeste et vit dans beaucoup de simplicité. C'est une famille pieuse et le jeune Syméon est élevé dans la foi orthodoxe. En grandissant, il devient un jeune homme à la force impressionnante. Il aime la fête et la présence des jeunes filles, ce qui lui faudra quelques écarts de conduite. Un jour, lors d'une bagarre, il frappe violemment son adversaire qui sera sévèrement blessé. Cette expérience le marquera profondément et prendra conscience de son état de pécheur et de sa vie dissolue.
Un jour, il fit un rêve: un serpent entrait dans sa bouche, Syméon en fut très dégouté, et il entendit alors un voix qui lui disait: "De même que ce serpent te répugne, de même je n'aime pas voir ce que tu fais."
S'en suivit une période de service militaire: alors que ses camarades festoyaient, lui aspirait à rejoindre le Mont-Athos pour y devenir moine. 
Ce désir se concrétisa en 1892. Il arriva au Mont-Athos, et entra au monastère russe de Saint-Pantéléimon-le-Grand-Martyr. Une période de dur combat commença pour le jeune novice. De nombreuses fois il fut tenté de quitter la presqu'île pour rejoindre le monde, se marier et fonder une famille. Mais il demeura ferme et resta au monastère.
Le Père Sophrony raconte ainsi un événement qui arriva au jeune moine: "Une nuit sa cellule fut envahie d'une étrange lumière qui pénétrait même son corps. La pensée lui dit: 'Accepte, c'est la grâce'. Cependant l'âme du novice était troublée, et il resta dans une grande perplexité. Même après cela, la prière continua à agir en lui, mais l'esprit de contrition s'était tellement éloigné de lui qu'il se mit à rire pendant qu'il priait ; il se frappa violemment le front avec son poing et le rire cessa, mais l'esprit de repentir ne revint pas pour autant, et la prière continua sans contrition. Il comprit alors qu'il était victime d'un phénomène trompeur." (Sophrony, p. 28)
Dès ce moment, des démons commencèrent à lui apparaitre: ils lui disaient tantôt "tu es un saint !" et tantôt "jamais tu ne seras sauvé !". Désespéré, il connu un moment de total délaissement, il perdit tout espoir et plongea plusieurs heures dans les ténèbres absolues. Il connut ce que d'autres mystiques comme Jean de la Croix appelèrent la nuit spirituelle. Mais le soir même, lors des vêpres le Christ lui apparu, à ce moment tout son être fut remplir du feu de l'Esprit Saint, il vit une grande lumière, différente de celle qui l'avait trompé, et il reconnu immédiatement le Christ.
Le novice commença alors à s'enorgueillir d'avoir reçu une telle vision si jeune alors que certains moines âgés n'ont jamais rien vu de tel. Les apparitions démoniaques reprirent de plus belle et sa lutte contre les démons s'intensifia. Une quinzaine d'année plus tard, celui qui était devenu le père Silouane, toujours en prise avec les démons, fit une expérience terrible: alors qu'il priait, sa cellule se trouva remplie de démons, un démon se tient même entre lui et l'icône du Christ devant laquelle il prie, si bien que s'il voulait se prosterner devant le Christ, il se prosternait devant le démon ce qui empêchait donc la prière du moine. Silouane cria alors vers Dieu: "Seigneur, tu vois que je tâche de te prier avec un esprit pur, mais les démons m'en empêchent. Apprends-moi ce que je dois faire pour qu'ils ne me dérangent pas". La réponse ne se fit pas attendre: "Les orgueilleux ont toujours à souffrir ainsi de la part des démons." " Seigneur, dit Silouane, apprends-moi ce que je dois faire pour que mon âme devienne humble."Le Seigneur répondit: "Tiens ton esprit en enfer, et ne désespère pas." Silouane retrouva l'espoir et persévéra désormais dans cette lutte contre le mal.
Ce qui caractérise aussi la vie de Saint Silouane, c'est sa grande discrétion. Il passait inaperçu parmi les autres moines, personne ne connaissait ses expériences spirituelles si ce n'est son père spirituel. Il passait même pour un moine simple et inintéressant. Un jour, un membre important de la hiérarchie dit à propos de Silouane: "Je ne comprends pas pourquoi vous autres, universitaires et hommes savants, vous allez chez le père Silouane, simple paysan illettré. N'y a-t-il donc personne de plus intelligent que lui au monastère ?" 
Silouane était animé par la prière pour le monde, lui qui avait connu l'éloignement d'avec le Seigneur était touché de compassion pour tous ceux qui ne connaissaient pas le Christ et qui étaient loin de sa grâce. 
Discret et presque inconnu pour sa grande sainteté, sa vie spirituelle et ses écrits, c'est au père Sophrony que l'on doit d'avoir fait connaître celui que Thomas Merton qualifie de "moine le plus authentique du XXe siècle".
Il fut canonisé en 1987 par le Patriarcat oecuménique de Constantinople.

Source: ARCHIMANDRITE SOPHRONY, Saint Silouane l'Athonite (1866-1938): vie, doctrine et écrits, Paris, Cerf, 2010



mercredi 16 septembre 2015

Quand la grâce et les oeuvres collaborent.

par le Père Placide Deseille





"Si la déification plénière était accordée à l'homme sans exiger de sa part un long effort spirituel, elle serait seulement subie par lui et ne serait pas vraiment son bien. Le don de la grâce ne peut être l'oeuvre que de Dieu seul, mais pour que l'homme la fasse véritablement sienne, pour qu'elle devienne véritablement pour lui cette "seconde âme" dont parlait Macaire d'Egypte, il faut que l'homme apporte son concours, qu'il fasse des efforts et combatte sans répit, bien que, par eux-mêmes, ses efforts ne puissent être qu'inefficaces. C'est ainsi que le don de l'Esprit-Saint lui sera vraiment approprié, sans qu'il puisse pour autant se glorifier de quoi que ce soit.
Ecoutons encore Macaire d'Egypte:
"Sans la volonté de l'homme, Dieu lui-même ne fait rien, bien qu'il le puisse, par respect du libre-arbitre."

La sanctification de l'homme est donc le fruit de la coopération (synergia) de la liberté humaine et de la grâce divine; mais la primauté de celle-ci demeure. 
La déification de l'homme ne peut être qu'un libre don de Dieu. L'homme doit s'y disposer et y collaborer, il ne peut rien exiger. Ce primat de la grâce, cette dépendance à l'égard du libre vouloir d'un Dieu personnel, explique que l'on ne trouve pas dans le christianisme, comme c'est le cas dans les religions et les sagesses orientales, de méthodes de méditation et de vie spirituelle, qui seraient censées conduire infailliblement à une expérience d'immersion dans l'Absolu, si elles sont pratiquées avec exactitude. Ce serait se méprendre totalement sur la nature et la porte de la méthode hésychaste de prière et de la pratique de la prière de Jésus, un yoga ou un zen chrétiens.

L'image de Dieu est dans l'homme une réalité essentiellement dynamique. Même restaurée par le don de l'Esprit-Saint reçu au baptême, elle n'est encore qu'un germe de déification que l'homme doit développer en apportant sa libre coopération à la grâce, en s'efforçant de lutter contre les tendance mauvaises que le baptême a laissé subsister en lui."

DESEILLE P., Corps-âme-esprit par un orthodoxe, Grenoble, Le Mercure Dauphinois, 2013, p. 28-30


Le Père Placide Deseille est l'hygoumène (le supérieur) du monastère orthodoxe Saint Antoine le Grand, qui se trouve dans la Drôme. Il a également enseigné l'Institut Saint Serge de Paris.

dimanche 6 septembre 2015

Le Saint-Esprit: la Source d'où coulent les fleuves d'eau vive.

par Calliste le Patriarche



"Au milieu du paradis en Eden, on voit une source jaillissante divisée en quatre courants et arrosant la face de la terre, ainsi qu'il est écrit. (Gn 2,8)
Dans l'homme, la source d'eau vive est le mouvement vivifiant du Saint-Esprit, dont le Seigneur a dit: "L'eau que je lui donnerai sera pour lui une source d'eau vive", jaillie du coeur, comme celle qui sort merveilleusement de l'Eden.
Cette source se divise en prudence, modestie, justice, et courage. Ce sont les quatre courants d'où jaillit en fleuves toute vertu pareille à Dieu. C'est pourquoi il est dit qu'ensuite l'eau arrose toute la face de la terre (Gn 2,10), ou si tu veux, la face du coeur, de toute évidence pour la croissance, la maturation et la récolte des fruits élus des vertus divines.

L'eau suffit à toutes ces plantes innombrables. Elle qui est une, elle les arrose, les nourrit, les assiste sans mesure, bien qu'elles diffèrent les unes des autres. La source, comme je viens de le dire, coule donc pour toute cette diversité des plantes. Elle répand l'eau unique et simple, laquelle est du plus grand secours. Se divisant en quatre courants, elle fait ainsi ce qui convient à toute plante. 
Cette source est le divin flamboiement surnaturel de Celui qui a créé la vie, son mouvement et son énergie intarissables. Elle a été donnée aux fidèles par grâce.
De cet amour, de cette sagesse, Paul et Isaïe sont des témoins tout à fait probants. Paul dit précisément: "L'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné."(Rm 5,5)

En un mot, d'après les Pères, l'Esprit Saint et vivifiant intervient tellement dans toutes les choses de la vertu et dans ces états qui, apparemment, comme je l'ai dit, s'opposent entre eux, que l'Ecriture l'appelle feu et eau, choses totalement contraires, car il apporte l'aide de tout ce qui, dans l'âme, est bon et beau et il en suscite l'énergie qui donne la vie et la force. 

Ainsi, je pense que la pierre que frappa le bâton de Moïse le législateur, et qui fit surnaturellement jaillir l'eau comme des fleuves, est le coeur pétrifié par l'endurcissement. Quand Dieu, au lieu d'un bâton, frappe opportunément de ses paroles un tel coeur et le pénètre de componction (1), la puissance de l'Esprit heureusement suscitée jaillit de ce coeur de manière surnaturelle comme des courants d'eau vivifiante, et accorde en tout une aide immense.
L'Esprit Saint, pourrait-on dire, ce sont des fleuves. Car "celui qui croit en moi, comme dit l'Ecriture, des fleuves d'eau vive couleront de son coeur." (Jn 7,38). Et l'apôtre bien-aimé ajoute qu'il disait cela de l'Esprit que devraient recevoir ceux qui croiraient en Lui. (Jn 7,39). 
La gloire dans les siècles, à Lui qui donne ce qui dépasse l'intelligence."

(1) Componction: douleur d'avoir péché contre Dieu (-> repentance)

CALLISTE LE PATRIARCHE, Chapitre sur la prière, Philocalie des Pères septiques, T. B4, p.649-651



Calliste le Patriarche: on l'identifie souvent comme étant Calliste Xanthopouloi, patriarche de Constantinople à la fin du 15e siècle. Dans son discours, il parle dans la plus grande humilité, comme étant lui-même le dernier des moines alors même qu'il est à la tête de l'Eglise.

mardi 23 juin 2015

Prisonnier de moi-même.

par Pierre Damascène



Oh, que de larmes je voudrais verser quand je m’entrevois moi-même. Car si je ne pèche pas, je ne m’élève dans l’orgueil. Mais si je pèche et puis le voir, je perds courage dans mon indigence et je tombe dans le désespoir. Si je me réfugie dans l’espérance, de nouveau arrive l’orgueil. Si je pleure, je risque la présomption. Si je ne pleure pas, les passions reviennent. Ma vie est une mort. Et dans la crainte du châtiment, la mort est pire. Ma prière devient en moi une tentation et l’inattention me perd. Celui qui a pris sur lui la connaissance s’est couvert de douleur, dit Salomon.

Incertain, hors de moi, je ne sais que faire. Si je connais et ne fais pas, la connaissance me condamne. Hélas, que choisir ? Toutes choses dans mon ignorance me paraissent contraires et je ne puis les rendre semblables. Je ne trouve pas la vertu cachée et la sagesse dans les tentations, car je n’ai pas la patience. Mais à travers les pensées je quitte l’hèsychia (1). Et dans la tentation, à travers mes sens je découvre au-dehors les passions. Si je veux jeûner et veiller, la présomption et le relâchement m’en empêchent. Si je mange et dors sans compter, je tombe malgré moi dans le péché. 

Je suis serré de partout. 
Je fuis par crainte du péché, mais l’acédie (2) me renverse.

Je vois pourtant que dans ces combats et ces tentations beaucoup reçoivent les couronnes. Car leur foi est sûre. Elle leur a donné la crainte de Dieu, et par elle ils ont mené à bien l’œuvre des autres vertus. Si moi aussi j’avais la foi comme eux je trouverais la crainte. Le prophète l’a dit, c’est par la crainte qu’ils ont reçu la piété et la connaissance, d’où et le conseil, la compréhension et la sagesse de l’Esprit viennent à ceux qui demeurent en Dieu dans l’absence de soucis et la méditation patiente des divines Ecritures, laquelle rends semblables tout ce qui est en-haut et tout ce qui est en-bas. Si celle-ci ne naît pas de la foi dans l’âme, il est impossible de jamais avoir aucune vertu. « Dans votre patience vous sauverez vos âmes », dit le Seigneur qui forme le cœur de chacun des hommes, comme chante le Psalmiste. Il signifie par là que le cœur de chacun, c’est-à-dire l’intelligence (3), est formé à travers la patience dans les tribulations.

On ne doit donc jamais rejeter la crainte, tant qu’on na pas atteint le port de l’amour parfait, tant qu’on n’est pas hors du monde, hors du corps.  Mais la grande foi dégage l’intelligence du souci de la vie et de la mort du corps. Il parvient à la crainte pure, la crainte d’amour, dont parle le grand Athanase aux parfaits : 

« Ne crains pas Dieu comme un maître tout-puissant, mais crains-le en raison de son amour. »


Crains non seulement de pécher, mais d’être aimé et de ne pas aimer toi-même, et d’être indigne du bien que tu reçois. Dès lors c’est la crainte de ce bien qui porte l’âme à aimer, à devenir digne des bienfaits qu’on reçoit et qu’on recevra, dans sa reconnaissance envers le Bienfaiteur. Et de la crainte pure de l’amour, on parvient à l’humilité surnaturelle.

DAMASCENE Pierre, Deuxième Livre, Philocalie des Pères neptiques, Abbaye de Bellefontaine, T. B1, p. 155-157


(1) Hèsychia: tranquillité, repos, paix, impassibilité de l'âme .
(2) Acédie: état de paresse et de négligence intérieure, abandon de la prière, lassitude.
(3) Intelligence: non seulement l'intelligence cognitive mais aussi l'intelligence du coeur. L'intelligence est la double faculté de penser le monde et de contempler Dieu.


lundi 22 juin 2015

Prière au Saint-Esprit

par le père Serge Boulgakov


« Roi du ciel, Consolateur, Esprit de vérité, 
toi qui es partout présent et qui remplis tout,
 Trésor de biens et Donateur de vie,
 viens et demeure en nous,
 purifie-nous de toute souillure 
et sauve nos âmes, toi qui es bonté. »




Premièrement, quant à son omniprésence, disons que cette prière, à l’exception du « Notre Père », est la plus usitée et par conséquent la plus importante de toutes les prières orthodoxes. On pourrait aussi ajouter que l’absence d’autres prières au Saint Esprit la met dans un contexte tout particulier, ce qui encadre encore davantage sa portée.
D’ailleurs, l’importance particulière de cette prière est confirmée indirectement non seulement par son usage mais, dans le même esprit, par son exclusion du cycle usuel des prières de l’Église à des moments précis, notamment lors de la Semaine de Pâques et au cours des semaines qui mènent à la Pentecôte.
L’Église omet alors d’adresser cette prière au Saint Esprit en témoignage apparent du fait qu’au cours de la semaine de Pâques et des jours qui la suivent, c’est-à-dire après la Résurrection du Christ, nous sommes, de fait, passés du Royaume de Grâce au Royaume de Gloire, au sein duquel tout baigne intrinsèquement dans le Saint Esprit, ce qui fait qu’il n’est alors plus nécessaire de faire quelque invocation spéciale au Saint Esprit, parce que Dieu est tout, en tout.

Il est maintenant temps de regarder cette prière dans son ensemble : « Roi du ciel, Consolateur, Esprit de Vérité, toi qui es partout présent et qui remplis tout, Trésor des biens et Donateur de vie, viens et demeure en nous. Purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, toi qui es bonté. »

La première partie de la prière, soit l’invocation « Roi du ciel, Consolateur, Esprit de vérité… « renferme un enseignement dogmatique sur la Troisième Hypostase comme étant Dieu véritable (« Roi du ciel »). Le Consolateur, dans la perspective de son amour hypostatique entre le Père et le Fils, le Saint Esprit grâce auquel s’atteint et se révèle la spiritualité de l’Esprit divin tri-hypostatique, est pour sa part l’Esprit de vérité dans sa relation avec la Deuxième Hypostase, qui est le Verbe et la Vérité.

La seconde partie de la prière, « …qui es partout présent et qui remplis tout, Trésor des biens et Donateur de vie «, témoigne plus particulièrement de l’activité du Saint Esprit dans le monde. Tout d’abord, quant à son omniprésence : Dieu est omniprésent mais chacune de ses divines hypostases possède une image spéciale de cette présence hyperspatiale. Le Père est le pouvoir fondamental de volonté dans la création du monde ; le Fils en est sa base ou son fondement idéal (« sans lui rien n’a été fait ») ; le Saint Esprit est la force active, qui pénètre tout et « qui accomplit tout ». Il est aussi Donateur de vie; et pourtant le Dieu trine est lui-même la Vie éternelle, le Créateur et le Donateur de vie. Alors que la Troisième Hypostase, celui qui accomplit tout, est la Vie de la Vie au sein de la Sainte Trinité, de même il est aussi la puissance spéciale de vie de chaque créature. Une hymne de l’Église rappelle que « C’est par le Saint Esprit que chaque âme vit » (Anavathmi du 4e ton).

Toute réalité accompagnant chacune de ces vies appartient au Saint Esprit, car il est la puissance réelle. Si la vie en tant que telle est la plus grande bénédiction, il est le « Trésor inépuisable de tous les biens », ce qui inclut non seulement le don naturel de la vie, mais aussi les dons de la grâce qui nous est donnée par le Saint Esprit et qui représente la puissance de la vie.

Cette partie de la prière décrit, pourrait-on dire, l’activité objective du Saint Esprit dans le monde et sa présence au sein du monde, alors que la dernière partie de la prière traite du domaine du subjectif, notamment de la réaction des hommes et leur acceptation du Saint Esprit, pour lui demander le salut personnel (« viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes… »).

Si la vie chrétienne consiste dans l’acquisition du Saint Esprit, selon les paroles de saint Séraphim de Sarov, et si en même temps la grâce ne force jamais personne, alors le désir et l’effort des hommes sont également nécessaires pour en venir à accepter cette grâce et cela doit se refléter en premier lieu dans la prière. De dire « Viens et demeure en nous » expose une prière en vue d’une réponse active du Saint Esprit et une invocation de l’Esprit Saint pour l’obtention de l’inspiration qui porte fruit dans la créativité humaine.

Le feu du Saint Esprit brûle notre nature pécheresse et nous purifie de tout péché. Par conséquent la demande de l’inhabitation du Saint Esprit en nous inclut aussi cette autre demande, « purifie-nous de toute souillure », afin que nous soyons purifiés de nos péchés. Ainsi, une telle habitation du Saint Esprit en nous est notre salut. Cette demande est la dernière de la prière. Elle est inclusive et, en fait, représente un condensé de toute la prière.

On place habituellement cette prière au début de toute chose bonne que nous entreprenons, particulièrement les études, les exposés, les réunions publiques etc.



Père Serge BOULGAKOV, Sobornost (Fellowship de Saint-Alban
et Saint-Serge), No 24, juin 1934. 
Traduction : frère Élie Marier. 
Première publication en français.
Source: http://www.pagesorthodoxes.net/priere/priere-boulgakov.htm